dimanche 22 novembre 2009

Les principes du communisme libéral (1/6)

Ce texte constitue une introduction théorique à "Bienvenue au Lokistan"

1. Le principe fondateur de l'économie

L'économie et le politique, au coeur de l'organisation de la société, sont toujours fondés sur des principes de droit.

Le capitalisme, par exemple, est fondé sur un droit minimal associant liberté individuelle et propriété privé. Ces deux principes semblent tenir du bon sens. On peut raisonnablement penser que tout autre droit soit découle de ceux-ci, soit ne peut être qu'arbitraire et que toute injustice peut se ramener à une violiation de l'un de ces droits. En effet, partant du principe que chacun est libre d'accomplir ce qu'il souhaite et d'acquérir des biens, que toute transaction est consentie et donc souhaitée, tout ne peut aller que pour le mieux dans le meilleur des mondes.

C'est sans doute à cette apparence de bon sens que l'on a dû le succès de l'idéologie libérale, qui tente d'ériger le capitalisme en seul et unique système économique et social et d'éliminer tout ce qui est susceptible d'interférer avec lui. Pourtant en pratique on voit vite les limites d'un tel système, d'abord dans la gestion des communs, c'est à dire de ce qui n'est pas appropriable, que ce soit l'environnement, la connaissance ou le lien social, ensuite dans le creusement des inégalités dû au profit qui découle de la simple propriété. Il semble dans chaque cas que ce ne soit pas la liberté qui pose problème, mais finalement la propriété.

Nous allons essayer de reconstruire ici une économie fondée sur le droit.

Plutôt que de chercher à découler des principes fondamentaux d'un système de pensée qui, se voulant universelle, serait en fait arbitraire et imposerait à chacun sa propre définition de ce qui est souhaitable pour tous (par exemple la croissance économique ou la maximisation du profit), on pourra préférer se fonder sur les conditions d'élaboration de principes de justice proposée par John Rawls.

Celles-ci consiste en une expérience de pensée dans laquelle on place des individus qu'on suppose raisonnablement égoïstes et de sensibilités différentes dans une situation particulière dans laquelle ils ignoreraient eux-même leur situation sociale et auraient à délibérer et à se mettre d'accord sur des principes de justice, c'est à dire définir par consensus les règles du jeu de la vie en société les plus justes sans savoir le rôle qu'ils vont y jouer. Sur quels principes de tels individus seraient susceptibles de se mettre d'accord ? Répondre à cette question doit nous permettre d'élaborer des principes de justices susceptibles d'emporter l'adhésion du plus grand nombre.

John Rawls a montré qu'on peut arriver par cette méthode à la notion fondamentale de liberté individuelle et celle à l'égalité des chances. Il a aussi montrer que les inégalités peuvent se justifier, si elles tendent à favoriser celui qui est en position défavorable.

Sur le plan économique, on pourrait inférer l'idée que la "rémunération" en biens par la société devrait être proportionnelle aux talents et au travail. Puisque le travail est une nécessité pour la survie de l'homme, du moins jusqu'à présent, il est injuste en effet que ceux qui ne fournissent pas d'efforts puissent être aussi bien rémunérés que ceux qui en fournissent, toutes choses égales par ailleurs. Reste à définir la forme que peut prendre cette rémunération, étant donné la multiplicité des désirs humains.

Nous pouvons tenter de répondre à cette dernière question en substituant à la notion de liberté telle qu'on l'entend habituellement celle plus fine de liberté positive ou de "capabilité", définie par Amartya Sen. La liberté positive n'est pas définie par l'absence de coercition mais par notre capacité à obtenir ce que l'on souhaite et à réaliser nos désirs. Elle est donc à la fois plus globale et plus concrète et représentative de la réalité que la simple liberté "négative". Elle représente non pas ce qu'il nous est autorisé de faire mais ce dont on est réellement capable.

Mais alors la liberté comprise ainsi n'est plus quelque chose qui est soit présent soit absent. Elle est plus ou moins présente et joue finalement le rôle de "bien" par excellence, ce que chacun souhaite obtenir, quel qu'en soit la forme. Toute appropriation ou toute consommation en serait finalement la déclinaison ou l'exercice. La notion de liberté positive permet donc de marier liberté et égalité en une seule notion au lieu de les opposer.

Ceci nous permet de ramener nos deux principes de justice à un principe unique qui serait le suivant : la rémunération en liberté positive, en "capabilité", des individus par la société devrait être proportionnelle au talent et au travail accompli, donc in fine au "service rendu" aux autres ou à la communauté.

Nous pouvons considérer que ce principe de justice est nécessaire à une société juste, bien qu'il n'y ait pas de raison à priori de penser qu'il soit suffisant pour garantir la justice sociale, mais nous nous en contenterons pour l'instant.


4 commentaires:

Anonyme a dit…

Meme si cela peut va paraitre hors sujet. Si vous parlez anglais, je vous conseille vivement de regarder la serie de documentaire "the Trap" de Adam Curstis. (dispo en streaming via google video)
http://en.wikipedia.org/wiki/The_Trap_(television_documentary_series)

Particulierement la 3eme partie ou sont abordes les 2 concepts de liberte ("positive" et "negative"). Je ne suis pas sur vous faites directement reference a Isaiah Berlin quand vous employez ces thermes...mais peut importe, l'analyse de Curstis devrait vous interesser.

h.

Q a dit…

Pour être précis, c'est la notion de "capabilité" qui a été développée par Amartya Sen à partir l'idée de liberté positive, mais il s'agit bien du même concept. Voir par exemple ce livre : http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27%C3%A9conomie_est_une_science_morale (qui est assez facile à lire en plus...)

Effectivement ce documentaire a l'air très intéressant... Je vais y jeter un oeil.

2Casa a dit…

Le "E" de libéral(E) a un sens particulier ?

Je dis ça parce que dans le titre c'est un peu dommage sinon.

Quelle production en ce moment !

(Plus tard pour des commentaires constructifs sur autant de matière...)

(Tu peux bien sûr effacer ce message sans intérêt :) )

Q a dit…

Oooops... Je corrige !

Merci ;)