mardi 24 novembre 2009

Les principes du communisme libéral (6/6)

Nous voyons que dans ce système, une modification mineure des droits fondamentaux sous-tendant l'économie vers une version légèrement plus restrictive aboutis à un changement radical.

La première conséquence majeure est, du côté du consommateur, ce qu'on peut appeler le droit de restitution : le consommateur n'étant pas propriétaire des biens à sa disposition, il n'est pas tenu de trouver un acquéreur pour revendre ce qu'il possède et peut donc s'en séparer quand il le souhaite en e restituant à celui qui lui a fourni (on peut imaginer que le contrat prévoit un préavis dans certains cas). C'est à la charge de ce dernier de trouver repreneur.

Ceci offre pour le consommateur un gain de flexibilité énorme. S'il est aussi facile de louer que d'acheter, on peut penser que le consommateur optera fréquemment pour la location, baissant ainsi ses dépenses, et que l'offre s'adaptera en conséquence. Et puisque dans un système locatif les biens sont partagés entre les différents consommateurs et réutilisés, qu'ils dorment moins dans les placarts et durent plus longtemps, il en résultera une production moins importante, un coût globalement moindre sur l'ensemble de la société, donc un ralentissement de l'économie. Pour autant ce ralentissement ne constitue un appauvrissement en tant que tel. Si du fait de ce ralentissement global le salarié est touché par une baisse de revenu équivalente à sa baisse de consommation, il n'en ressentira aucune baisse de son niveau de vie.

Le pendant du droit de restitution, du point de vue cette fois de l'entreprise, est qu'une entité plaçant un bien sur le marché en est responsable sur l'ensemble de sa durée de vie - recyclage compris - et pourra même prendre à sa charge l'ensemble des réparations et l'entretien. En conséquence, l'optimisation des processus propre à la société industrielle qui n'est aujourd'hui appliquée qu'à la production de marchandises, seule capable de générer du profit dans un système basé sur la propriété, serait appliquée dans notre système à la totalité de la durée de vie des produits. Il s'agit en quelque sorte d'une responsabilisation des entreprises vis à vis de ce qu'elles produisent, les amenant par exemple à intégrer des processus qui aujourd'hui sont à la charge de la collectivité ou des individus, comme le recyclage ou la réparation.

On peut donc s'attendre dans un tel système à une optimisation importante de la gestion des biens et des déchets impactant l'ensemble de la société, par exemple en incitant les entreprises à construire des biens non pas jetables mais durables et facilement réparables. Par ailleurs le déplacement partiel du travail de la production vers la réparation et le recyclage des biens devrait diversifier sensiblement l'offre d'emploi, ce qui est susceptible d'apporter une meilleure répartition du travail.

Le droit de restitution offre également un gain de flexibilité et une baisse des dépenses pour l'entrepreneur : ce droit lui offre la possibilité de diminuer rapidement son activité si la conjoncture le demande. Dans un système tout-locatif, les dépenses comme les recettes sont fluidifiées. De ce fait les besoins d'investissement sont moindres. Or si la demande en financement est plus faible, les prix de la finance, c'est à dire les dividendes qu'elle estime pouvoir s'octroyer, devraient l'être également. A ceci s'ajoute le fait que l'absence de propriété du capital permet à l'entreprise de garder le contrôle de ce dernier, et donc de maitriser son financement et de rester indépendante. Pour finir, le fait que la spéculation soit impossible devrait amener les décideurs à appliquer des stratégies à long terme.

Il résulte de tout ceci un rapport de force qui devrait naturellement se déplacer du monde financier aux forces de production, seules capables de réellement générer une plus-value. Autrement dit, dans ce système, l'entreprise, émancipée de la finance, entité économique indépendante et sans propriétaire, est entièrement centrée sur son activité et entièrement mûe par les gens qui y travaillent, et ses bénéfices sont eux aussi sont entièrement consacrés à son activité et à ses salariés.

Cette émancipation du pouvoir financier n'est pas à prendre à la légère. Une entreprise indépendante de la finance et centrée sur ceux qui y travaillent doit pouvoir repenser son organisation, ses buts au delà de la maximisation du profit et donner toute sa place à la liberté individuelle. Si l'entreprise a un propriétaire, elle est une dictature, si elle n'en a pas, alors tout devient possible, y compris l'avènement de la démocratie d'entreprise.

Récapitulons ce qu'implique la suppression de la propriété privée : plus de réutilisation et de réparations, donc moins de consommation, donc moins de travail, mais un travail plus diversifié et des dépenses de consommation amoindries, et moins de finance donc un travail mieux rémunéré. Autrement dit nous pouvons nous attendre, du fait de cette optimisation étendue de la gestion des marchandises et de cette émancipation de la finance, à moins travailler et à moins consommer tout en étant mieux payé, à mieux répartir le travail et les richesses et à conserver le même niveau de vie tout en réduisant l'impact de notre activité sur la biosphère.

En fin de compte notre système propose les mêmes droits fondamentaux que le capitalisme, mais simplement parce qu'il est fondé sur de principes plus justes et adéquats à la réalité, il offre un bénéfice net pour le consommateur en terme de flexibilité, responsabilise les entreprises quant à ce qu'elles produisent, redonne sa place au salarié au centre du système économique et supprime les méfaits de la spéculation et l'emprise du monde financier générateur d'inégalités.

Bien entendu tout le problème de ce système tient dans sa mise en pratique (et dans la possibilité même, sur le plan politique, qu'il puisse être mis en pratique)...

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