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Pragmatisme et réfutabilité

Dans le dernier billet j'ai défendu une interprétation pragmatiste du contenu des théories scientifiques : les énoncés théoriques devraient être interprétées en terme de fonctions possibles, et une théorie est vraie dans la mesure où elle est à même de réaliser toutes les fonctions qu'on peut lui assigner. Aujourd'hui je souhaite faire le lien avec d'autres théories de la signification.

L'interprétation pragmatiste des théories scientifiques

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Je viens de lire "Philosophie du langage (et de l'esprit)" de François Recanati. L'ouvrage est intéressant et offre un panorama assez large de la philosophie du langage. Il revient d'abord sur les concepts classiques de la discipline, en particulier les notion de sens, de référence, d'intension, d'extension, de désignation, de dénotation, de connotation, et j'en passe, telles qu'elles ont été envisagées par différents auteurs (Mill, Frege, Carnap, Kaplan...). Il aborde ensuite d'autres perspectives, notamment la sémantique pragmatique et les rapports entre représentation linguistique et représentation mentale. C'est à la fois une bonne introduction générale à la philosophie du langage et une bonne présentation des thèses de l'auteur. Mais mon but n'est pas ici de proposer une revue de ce livre. Je vais plutôt résumer quelques aspects d'intérêt, sans m'en tenir nécessairement au contenu du livre, avant d'aborder la man...

La force des valeurs, ou le problème épistémologique de l'extrême droite

Rien de tel qu'un titre à la fois pompeux et racoleur pour vous faire partager les quelques réflexions que m'ont inspiré les événements récents. Non, je ne vous dirai pas si je suis Charlie (vous vous en fichez un peu, non ?). Je voudrais plutôt porter mon attention sur une caractéristique de certains discours, en particulier, de manière prononcée, du discours d'extrême droite.

La vaine lubie de "l'ontologie primitive" en physique

Tout d'abord, Erratum. Dans un article récent , j'ai indûment propagé une vision erronée des théories de Bohm, GRWm et GRWf. J'y ai affirmé que GRWm était réaliste à propos de la fonction d'onde (l'interprétant comme une densité de matière) tandis que Bohm et GRWf en avait une interprétation probabiliste. Il aurait été plus juste de dire que chacune de ces trois théories est en un sens forcée d'être réaliste à propos de la fonction d'onde, mais postule des choses supplémentaires, tandis que la façon dont la fonction d'onde elle-même est interprétée (objet ou disposition) est une affaire plus ou moins indépendante. A vrai dire je tend à penser maintenant que GRWm et GRWf sont de pures lubies de philosophe, ces deux théories étant construites pour résoudre des problèmes qui n'existent pas, et j'éviterai simplement à l'avenir de les mentionner comme des alternatives possibles de GRW dans le paysage des solutions au problème de la mesure. Je va...

Indétermination, indéterminisme et réalisme (suite) : le réalisme modal

Dans le dernier billet nous avons évoqué plusieurs façons dont le monde pourrait être métaphysiquement indéterminé (à propos des faits futurs, ou des micro-états de la mécanique quantique), ce qui semble à première vue contredire le réalisme scientifique, du moins compris dans une optique logico-sémantique comme l'affirmation suivant laquelle nos théories, interprétées littéralement, sont vraies. Il semble en effet qu'une telle indétermination viole le principe du tiers-exclu : certains énoncés seraient ni vrais ni faux. Nous avons vu comment différentes interprétations de la mécanique quantique en viennent à sauver le réalisme, que ce soit en complétant la fonction d'onde, ou en l'interprétant de manière non probabiliste, comme décrivant un état finalement déterminé. Mais aucune n'est exempte de difficultés : soit (dans le cas des mondes multiples) elles ne rendent pas vraiment compte de l'aspect probabiliste des prédictions, soit elles se voient obligées de c...

Indétermination, indéterminisme et réalisme en mécanique quantique

On peut concevoir le réalisme scientifique en terme de vérité-correspondance : être réaliste, c'est affirmer que nos théories sont (au moins approximativement) vraies, dans le sens où elles correspondent à une réalité objective, indépendante de nous. C'est la constitution de la réalité qui rend vrai nos théories (et non pas par exemple le fait qu'elles nous permettent d'interagir efficacement avec la réalité, suivant les conceptions pragmatistes de la vérité). Pour ma part j'ai tendance à défendre des conceptions pragmatistes de la vérité. Il est parfois entendu que ce type de conception ne peut vraiment supporter un réalisme. En effet il doit être possible de formuler un énoncé qui n'offre aucun moyen d'interagir avec la réalité, qui ne peut donc, pour le pragmatiste, avoir de valeur de vérité (par exemple le nombre de cheveux sur la tête de Jules César au moment de sa mort) mais qui, pour le réaliste, aura tout de même une valeur de vérité. Il faut différ...

Relativité de l'identité des objets et fonctionnalisme

Dans le billet précédent j'ai défendu une assimilation du relativisme conceptuel (ou moral ou esthétique) et de la relativité en physique, ce qui permettrait de rendre le premier non-problématique : toute la question serait d'élaborer une géométrie conceptuelle (ou morale) permettant de traduire les différents points de vue les uns dans les autres. L'idée est qu'il doit exister un concept-chapeau relatif (comme la vitesse) généralisant des concepts de type "vitesse-pour-x" au sein d'une géométrie des points de vues possibles. Les interprétations relationnelles de la mécanique quantique laissent penser que ce relativisme peut se généraliser à tout état physique, qui serait en fait un "état-pour-x", à ceci près que le passage d'un point de vue à un autre est au mieux probabiliste. J'ai également défendu l'idée que généralement, en physique comme peut-être dans d'autres domaines, la relativité serait locale tandis qu'une objectiv...