lundi 23 juin 2008

Le pragmatisme et l'idéalisme


On loue souvent le pragmatisme des hommes politiques, cette faculté de faire face aux événements et de trouver une solution efficace. Le pragmatisme tient du bon sens, c'est un gage d'efficacité. A l'inverse, il semble que l'idéalisme fasse peur. Les idéaux aliènent. Ils seraient un aveuglement, une négation de la réalité. L'idéale mène à l'idéologie. Il veut corrompre la réalité, la tordre, la soumettre. Le pragmatisme, lui, ne cherche qu'à améliorer les choses au jour le jour. Pourtant... On ne peut finir par se demander : quelle est la finalité de nos actions ? Qu'est-ce qui fait sens ? Où nous mène un pragmatisme sans but ? La fourmi qui évite si habilement chaque obstacle semble bien ridicule à tourner en rond... Car l'homme a besoin d'un but. Il lui faut un phare pour naviguer, et non seulement une barre. L'idéalisme seul peut le pousser à une réflexion approfondie et lui offrir les repères de cette réflexion. Il offre une vision globale. Le pragmatisme est dans le court terme sans cesse renouvelé tandis que l'idéalisme est dans le long terme.

Les deux folies

Le pragmatisme sans idéal est une folie. Lui aussi devient une idéologie : celle de la négation de l'idéalisme, relégué à l'irréalisme, celle de l'illusoire contrôle de tous les paramètres permettant de se passer de vision globale. Il ne fait que renforcer la force pour ce qu'elle est mais la laisse aveugle, au lieu de la diriger vers un but. Le pragmatisme est conservateur : il ne fonctionne que dans un cadre qu'il ne saurait remettre en question de lui même. L'idéalisme sans pragmatisme aussi est une folie, s'il est autiste, qu'il refuse de s'adapter au réel. Pragmatisme et idéalismes tous deux deviennent fous quand ils finissent par ignorer leurs limites. Mais aujourd'hui les idéaux semblent avoir déserté la politique. On s'en méfie, on les relègue aux extrêmes. Parfois cependant ils sont profanés par pragmatisme : pour se faire élire. Le pragmatisme se servant de l'idéalisme est un cynisme. Le pragmatisme a-t-il vaincu l'idéalisme ? Ce qu'il faut, c'est remettre les choses à leurs places : l'idéalisme doit se servir de pragmatisme, et non l'inverse.

Le pragmatisme illustré

Illustrons nos propos d'exemples concrets. Le pragmatisme, en politique étrangère, ce serait le ralliement systématique au plus fort. En économie, un bon exemple serait le désormais célèbre slogan de campagne "Travailler plus pour gagner plus". En effet on sait que le travail est créateur de richesses. On pourrait toutefois penser que chacun est libre de travailler à sa guise s'il souhaite effectivement s'enrichir, sans que ce soit une injonction. Ce serait vrai si nous étions isolés, mais c'est compter sans la concurrence : si nous, nous ne travaillons pas, d'autres que nous prendront des parts de marché et seront à même d'avoir un ascendant économique sur nous. Ne pas travailler, ce n'est pas seulement ne pas gagner, c'est aussi perdre. Il est donc tout à fait pragmatique de travailler plus. De cette logique s'ensuit une escalade, une "course à la richesse" et une concurrence qui investit tous les champs de la société, y compris les secteurs de la connaissances, de l'art ou des relations sociales, pourtant typiquement motivés non pas par le pragmatisme mais par un idéal.

De gauche ou de droite ?

Cette vision aujourd'hui fait consensus. Elle est partagé par les grands partis de gouvernement, de droite comme de gauche. La gauche reprochera à la droite de sous-estimer l'importance des inégalités de naissance et de ne considérer que le mérite. La droite reprochera à la gauche son angélisme de croire que chacun peut réussir et de produire des assistés qui minent l'économie. Qu'importe, ils sont d'accord sur un point : il faut optimiser l'économie. Tout ce qui sort de ce cadre pragmatique, c'est à dire finalement tout ce qui tient de l'idéalisme, à droite l'idéal de la nation, à gauche l'idéal de la communauté, n'a pas droit de citer dans les grands médias, chantres de la pensée unique. Loin de moi l'idée de vouloir valider tous les idéaux, et certainement pas ceux qui sont fondés sur la peur de l'étranger (ou sur tout autre idée irrationnelle). Cependant force est de constater qu'aujourd'hui l'idéalisme quel qu'il soit est catalogué comme étant forcément un extrémisme. L'explication tient sans doute dans ce que l'histoire des idéaux est pavée de totalitarismes et d'idéologies meurtrières. Mais paradoxalement le pragmatisme devient lui aussi, à son tour, une idéologie.

De l'idéologie pragmatique à l'idéalisme rationnel

Cette vision de l'économie fondée sur la concurrence, et le fait même de donner à l'économie une place centrale en politique, fait partie du consensus de ce qu'on pourrait appeler "l'idéologie pragmatique". L'économie elle même est un moyen et non une fin. La privilégier devant le reste, c'est donc ne pas avoir d'idéaux. Pourtant ne serait-il pas possible de dépasser ce principe de concurrence ? Sommes nous à ce point incapables d'envisager que d'autres modèles, basées sur la collaboration, soient possibles ? D'essayer de les mettre en œuvre ? Est-il seulement possible d'affirmer la prépondérance de certains principes sur le principe d'optimisation économique lui même ? Est-ce "fou" à ce point ? Nous le disions, le pragmatisme est conservateur. Il porte des œillères. Son plus grand danger est de se donner l'illusion de la maitrise complète et de conduire à la catastrophe, faute de se doter d'une vision plus globale que seul l'idéalisme peut offrir. A l'inverse, le plus grand danger de l'idéalisme est de s'aveugler jusqu'à sombrer dans l'irrationnel. C'est pourquoi aujourd'hui il devient urgent de réhabiliter - avec pragmatisme - un véritable idéalisme rationnel.

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