lundi 23 juin 2008

Le pragmatisme et l'idéalisme


On loue souvent le pragmatisme des hommes politiques, cette faculté de faire face aux événements et de trouver une solution efficace. Le pragmatisme tient du bon sens, c'est un gage d'efficacité. A l'inverse, il semble que l'idéalisme fasse peur. Les idéaux aliènent. Ils seraient un aveuglement, une négation de la réalité. L'idéale mène à l'idéologie. Il veut corrompre la réalité, la tordre, la soumettre. Le pragmatisme, lui, ne cherche qu'à améliorer les choses au jour le jour. Pourtant... On ne peut finir par se demander : quelle est la finalité de nos actions ? Qu'est-ce qui fait sens ? Où nous mène un pragmatisme sans but ? La fourmi qui évite si habilement chaque obstacle semble bien ridicule à tourner en rond... Car l'homme a besoin d'un but. Il lui faut un phare pour naviguer, et non seulement une barre. L'idéalisme seul peut le pousser à une réflexion approfondie et lui offrir les repères de cette réflexion. Il offre une vision globale. Le pragmatisme est dans le court terme sans cesse renouvelé tandis que l'idéalisme est dans le long terme.

Les deux folies

Le pragmatisme sans idéal est une folie. Lui aussi devient une idéologie : celle de la négation de l'idéalisme, relégué à l'irréalisme, celle de l'illusoire contrôle de tous les paramètres permettant de se passer de vision globale. Il ne fait que renforcer la force pour ce qu'elle est mais la laisse aveugle, au lieu de la diriger vers un but. Le pragmatisme est conservateur : il ne fonctionne que dans un cadre qu'il ne saurait remettre en question de lui même. L'idéalisme sans pragmatisme aussi est une folie, s'il est autiste, qu'il refuse de s'adapter au réel. Pragmatisme et idéalismes tous deux deviennent fous quand ils finissent par ignorer leurs limites. Mais aujourd'hui les idéaux semblent avoir déserté la politique. On s'en méfie, on les relègue aux extrêmes. Parfois cependant ils sont profanés par pragmatisme : pour se faire élire. Le pragmatisme se servant de l'idéalisme est un cynisme. Le pragmatisme a-t-il vaincu l'idéalisme ? Ce qu'il faut, c'est remettre les choses à leurs places : l'idéalisme doit se servir de pragmatisme, et non l'inverse.

Le pragmatisme illustré

Illustrons nos propos d'exemples concrets. Le pragmatisme, en politique étrangère, ce serait le ralliement systématique au plus fort. En économie, un bon exemple serait le désormais célèbre slogan de campagne "Travailler plus pour gagner plus". En effet on sait que le travail est créateur de richesses. On pourrait toutefois penser que chacun est libre de travailler à sa guise s'il souhaite effectivement s'enrichir, sans que ce soit une injonction. Ce serait vrai si nous étions isolés, mais c'est compter sans la concurrence : si nous, nous ne travaillons pas, d'autres que nous prendront des parts de marché et seront à même d'avoir un ascendant économique sur nous. Ne pas travailler, ce n'est pas seulement ne pas gagner, c'est aussi perdre. Il est donc tout à fait pragmatique de travailler plus. De cette logique s'ensuit une escalade, une "course à la richesse" et une concurrence qui investit tous les champs de la société, y compris les secteurs de la connaissances, de l'art ou des relations sociales, pourtant typiquement motivés non pas par le pragmatisme mais par un idéal.

De gauche ou de droite ?

Cette vision aujourd'hui fait consensus. Elle est partagé par les grands partis de gouvernement, de droite comme de gauche. La gauche reprochera à la droite de sous-estimer l'importance des inégalités de naissance et de ne considérer que le mérite. La droite reprochera à la gauche son angélisme de croire que chacun peut réussir et de produire des assistés qui minent l'économie. Qu'importe, ils sont d'accord sur un point : il faut optimiser l'économie. Tout ce qui sort de ce cadre pragmatique, c'est à dire finalement tout ce qui tient de l'idéalisme, à droite l'idéal de la nation, à gauche l'idéal de la communauté, n'a pas droit de citer dans les grands médias, chantres de la pensée unique. Loin de moi l'idée de vouloir valider tous les idéaux, et certainement pas ceux qui sont fondés sur la peur de l'étranger (ou sur tout autre idée irrationnelle). Cependant force est de constater qu'aujourd'hui l'idéalisme quel qu'il soit est catalogué comme étant forcément un extrémisme. L'explication tient sans doute dans ce que l'histoire des idéaux est pavée de totalitarismes et d'idéologies meurtrières. Mais paradoxalement le pragmatisme devient lui aussi, à son tour, une idéologie.

De l'idéologie pragmatique à l'idéalisme rationnel

Cette vision de l'économie fondée sur la concurrence, et le fait même de donner à l'économie une place centrale en politique, fait partie du consensus de ce qu'on pourrait appeler "l'idéologie pragmatique". L'économie elle même est un moyen et non une fin. La privilégier devant le reste, c'est donc ne pas avoir d'idéaux. Pourtant ne serait-il pas possible de dépasser ce principe de concurrence ? Sommes nous à ce point incapables d'envisager que d'autres modèles, basées sur la collaboration, soient possibles ? D'essayer de les mettre en œuvre ? Est-il seulement possible d'affirmer la prépondérance de certains principes sur le principe d'optimisation économique lui même ? Est-ce "fou" à ce point ? Nous le disions, le pragmatisme est conservateur. Il porte des œillères. Son plus grand danger est de se donner l'illusion de la maitrise complète et de conduire à la catastrophe, faute de se doter d'une vision plus globale que seul l'idéalisme peut offrir. A l'inverse, le plus grand danger de l'idéalisme est de s'aveugler jusqu'à sombrer dans l'irrationnel. C'est pourquoi aujourd'hui il devient urgent de réhabiliter - avec pragmatisme - un véritable idéalisme rationnel.

vendredi 20 juin 2008

Qu'est-ce que le temps ? (3) - La physique du chaos

Cet article est le dernier d'une série consacrée au temps, au déterminisme et à l'irréversibilité. Les précédents articles nous ont présenté une vision déterministe et mécanique du temps, qui est celle des grandes théories actuelles, en dépit d'un indéterminisme de la mécanique quantique qui semble restreint au monde microscopique. Cependant au cours du XXème siècle, de nouveaux éléments ont permit d'envisager une nouvelle façon de voir les choses.


Le chaos déterministe

La théorie du chaos part de la constatation qu'il existe en mathématique des systèmes déterministes extrêmement simple dans leurs lois d'évolution, et ayant pourtant un comportement complexe et imprévisibles. Ils sont appelés systèmes non linéaires ou chaotiques. Leur étude a permit d'en découvrir de nombreuses caractéristiques, en particulier la sensibilité aux conditions initiales : deux états initiaux aussi proches l'un de l'autre qu'on le souhaite mèneront inévitablement à des divergences d'évolutions, et à moins d'avoir une précision infinie des conditions initiales, le système est en pratique imprévisible. Son comportement semble aléatoire. En outre pour certains systèmes, il arrive que des structures apparaissent spontanément, sans pour autant être décrite dans les lois de base. C'est le cas par exemple du célèbre "jeu de la vie".

De manière globale, on peut dire qu'un système chaotique est caractérisé par une boucle de rétroaction positive qui amplifie les fluctuations aussi petites soient elles et d'une boucle de rétroaction négative qui ramène l'état du système dans certaines limites. Or il se trouve que ces concepts, à la base purement mathématique, sont ceux qui décrivent de nombreux phénomènes naturels. On retrouve les systèmes chaotiques dans certaines réactions chimiques, dans les interactions à l'intérieur des cellules vivantes, dans le fonctionnement de régulations internes aux organismes vivants, ou encore dans l'évolution des populations et des écosystèmes. La plupart de ces systèmes complexes possèdent des rétroactions positives et négatives qui en font des systèmes chaotiques. En fin de compte, dans la nature, les systèmes chaotiques sont le cas général. Les systèmes linéaires entièrement prévisibles ne sont que des cas particuliers.

Les systèmes chaotiques introduisent une nouvelle forme d'imprédictibilité en science. Ils permettent à des fluctuations microscopiques d'avoir un impact à grande échelle. Or si l'on considère qu'au delà d'une certaine échelle, l'échelle quantique, les états sont réellement indéterminé, il en résulte qu'une structure a grande échelle peut avoir une évolution fondamentalement imprévisible dans laquelle "s'exprime" l'indéterminisme quantique. Enfin la notion de bifurcation est également importante : Il est possible de faire varier certains paramètres d'un système pour modifier son comportement. Pour certaines valeurs de ce paramètre, le système sera stable. Pour d'autres, il oscillera périodiquement. Enfin au delà de certaines valeurs il deviendra chaotique. Or au cours de l'évolution d'un tel paramètre, il peut exister des points de bifurcations faisant qu'une différence infime de l'état du système le fera évoluer vers des régimes différents par la suite. Le fait que quelque chose se produise d'une façon ou d'une autre aura un impact irréversible à long terme.


La dynamique des systèmes hors équilibre

C'est dans cette lignée que suivirent l'étude des systèmes complexes hors équilibre. En effet la thermodynamique que nous avons présentées lors du précédant article s'applique à des systèmes isolés et proches de l'équilibre. Or la plupart des systèmes que nous rencontrons dans la nature ne sont pas isolés mais ouverts. Le soleil est une source d'énergie permanente qui peut permettre de maintenir de tels systèmes loin de l'équilibre et de créer et maintenir un ordre, tout en continuant de créer de l'entropie (mais se "nourrissant" d'entropie négative) là ou un système isolé verrait son désordre augmenter jusqu'à l'équilibre où plus aucune entropie ne se crée. On parle alors d'auto-organisation. Par ailleurs certaines réactions chimiques impossibles dans un état d'équilibre ont une certaine probabilité de se produire dans de tels état hors équilibre, et notamment celles produisant les particules constitutives de la vie.

Comme l'explique Ilya Prigogine dans "la fin des certitudes", la physique des systèmes hors équilibre est une nouvelle physique, plus proche de la réalité. Les approximations que l'on peut faire quand on est proche de l'équilibre thermodynamique ne sont plus valables. On ne peut pas considérer que les interactions entre particules sont ponctuelles dans le temps. Au contraire elles sont persistantes. Il en résulte des phénomènes de résonance entre particules introduisant un aspect statistique irréductible, qui correspond à la fois à la mesure en physique quantique et à la création d'entropie. Ce sont ces résonances qui brisent la symétrie du temps en introduisant une irréversibilité. Ainsi la mesure quantique serait finalement un processus physique ayant lieu au sein de nos appareils de mesure du fait qu'ils introduisent une brisure de symétrie temporelle pour les besoins de la mesure elle même.

Cette façon de voir les choses apporte une rupture nette avec plusieurs idées dominantes en science, en particulier le déterminisme et l'idée d'accroissement irréductible du désordre. Non seulement la matière serait intrinsèquement indéterministe, mais de plus elle serait créatrice, génératrice de structures. La théorie darwinienne, dont l'effet de sélection peut tout aussi bien être le fait du hasard et des événements, peut s'étendre non seulement aux espèces vivantes, mais aussi à toutes les structures émergeant de la matière. L'histoire de l'univers peut être conçue comme une succession d'étapes au cours desquelles de nouvelles structures plus élaborées émergent à partir des anciennes qui ont réussit à survivre aux aléas de leur environnement. Comme le disait souvent Ilya Prigorine, à l'équilibre, la matière est aveugle. Loin de l'équilibre, elle commence à voir.


Une nouvelle science ?

Ces nouveaux axes de recherches permettent de renouer le lien entre la physique et les autres disciplines, en réintroduisant le temps irréversible. Ainsi la loi n'est plus suffisante pour expliquer l'évolution des phénomènes naturels, les événements eux aussi sont déterminant. Ceci peut nous permettre, notamment dans les sciences humaines et l'histoire, de repenser le dialogue entre la structure, soumise aux lois, et l'évènement, soumis au hasard, l'un créant l'autre et vice versa. De la même façon, l'homme est le fruit à la fois de ses gènes et du hasard des événements qui fondent son expérience.

Au cours de son évolution, la science s'est toujours distancié de la question du sens comme étant une question hors de son domaine. Ce faisant elle dessinait une image du monde au sein duquel toute recherche de sens semblait vaine : un monde mécanique, prévu d'avance, poursuivant son cours inéluctablement dans un temps indifférent aux événements. Cette image ne permettait pas de répondre au problème du mystère de l'existence, mais elle correspondait à un idéal, celui de pouvoir prédire tous les phénomènes et ainsi de contrôler le monde, faisant de l'homme un être à part. Pourtant au même moment Darwin puis Freud mettaient à mal l'image de l'homme extérieur à la nature, et celui de l'homme maitre de son esprit.

Il aura fallut réintroduire la flèche du temps et l'indéterminisme, non pas un indéterminisme aléatoire et aveugle mais un indéterminisme créateur, pour pouvoir réconcilier la science et l'homme, la recherche de connaissance et la recherche de sens, pour offrir une vision du monde plus proche de celui que nous percevons intuitivement. Finalement l'étude des systèmes complexes marque certainement le début d'une nouvelle science.

jeudi 19 juin 2008

Qu'est-ce que le temps ? (2) - Les révolutions du début du XXème siècle

Cette article est le deuxième d'une série consacrée au temps vu par la science, et en particulier aux notions d'irréversibilité et de déterminisme. Dans le premier article, la physique classique et la thermodynamique nous ont offert l'image d'un monde mécanique déterministe et dont irréversibilité dans le temps, bien qu'observée, serait une sorte d'illusion ; un monde dans lequel tout serait donné d'avance par les conditions initiales et qui se dirigerait petit à petit vers le désordre et l'homogénéité maximale. Seulement l'histoire ne s'arrête pas là. La science fait son chemin. A la fin du XIXème siècle, certains pronostiquent déjà l'aboutissement de la science : l'ensemble des phénomènes fondamentaux seraient expliqués, et le reste ne serait qu'une question de complexité à élucider. Mais petit à petit les scientifiques étendent leur domaine jusqu'à en atteindre les limites, et au début du XXème siècle, par l'étude des phénomènes électromagnétiques, une double révolution allait mettre fin à ce rêve.


La relativité


La première révolution scientifique du début du XXème siècle mettra à mal la conception de l'espace et du temps comme celle d'un cadre figé dans lequel se déroulent les événements. Certaines observations sont incompatibles avec ce modèle. Au début du XXème siècle, Einstein, grâce aux travaux de Lorentz et de Poincaré, proposa un nouveau modèle pour y remédier, un modèle plus générale duquel la théorie de Newton n'est qu'une approximation : la théorie de la relativité. Cette nouvelle théorie allait bouleverser nos conceptions de l'univers et fournir un nouveau cadre fructueux à la science.

Selon la théorie d'Einstein, l'espace et le temps ne sont pas figés mais sont en interaction avec leur contenu matériel. Tout comme les trajectoires des particules dépendent de la géométrie de l'espace et du temps, cette dernière dépend de la présence de ces particules d'énergie et de matière. Enfin l'espace et le temps mesurées par une particule dépendent également de sa vitesse au sein de cet espace-temps. Il en résulte que le temps n'est pas le même partout ni pour tout le monde dans l'univers. les longueurs et les durées se contractent ou s'étirent. Elles sont relatives et non pas absolues. Même si ceci ne peut pas se ressentir pour nous êtres humains, plongés dans un espace temps trop uniforme, des expériences l'ont pourtant vérifié par la suite : la théorie colle à la réalité des observations.

Cette nouvelle géométrie de l'espace temps est surprenante. C'est un cadre dans lequel on peut construire différents modèles possibles. Le temps n'y est qu'une simple dimension tout comme l'espace : certains modèles autorisent même le rebouclage du futur vers le passé, bien que ceci s'accorde difficilement avec le principe de causalité. Avec l'observation de l'expansion de l'univers viendra ensuite la théorie du big bang, et en collaboration avec la physique quantique, l'essor de la cosmologie. L'univers n'est plus statique comme on le croyait : il a une histoire, celle de la formation des particules, des atomes puis des étoiles et des galaxies. La théorie de la relativité bouscule les intuitions. Cependant, s'il y a une chose qu'elle ne remet pas en question, c'est une vision du temps profondément déterministe et réversible.


La physique quantique


La seconde révolution scientifique du XXème siècle concerne la façon dont on conçoit les particules élémentaires. Avec Newton, elles étaient ponctuelles. Avec la physique quantique, vérifiée par les observations de l'infiniment petit, les particules sont des ondes. Elles sont constituées de superpositions d'états fondamentaux ondulatoires qui ne forment pas un continuum d'états mais des états bien distincts et quantifiés. De plus la décompositions en états fondamentaux peut se faire mathématiquement (se "voir") de différentes façons suivant la propriété que l'on souhaite mesurer : la vitesse, la position... Et ces différentes façons de "voir" sont incompatibles entre elle : un état fondamental pour la vitesse est une superposition d'états pour la position, et vice versa.

Cette superposition est bien réelle, puisque les différents états superposés sont susceptibles d'interférer entre eux, et que l'on peut observer les effets de ces interférences. Pourtant aussitôt qu'on mesure une particule avec un appareil, la superposition disparait et la particules n'occupe plus qu'un état, l'état mesuré. Plus surprenant, si l'on répète l'expérience à l'identique, on observera des résultats différents à chaque fois. Ainsi non seulement la mesure transforme la particule, mais de plus elle brise la symétrie du temps, puisqu'un même état de départ peut fournir différents résultats à l'arrivée. L'onde qui modélise la particule ne semble être au final qu'une onde de probabilité, elle n'est jamais observé que comme tel. Les équations de la physique quantique auxquelles est soumise cette onde sont parfaitement déterministes et réversibles. Cependant la mesure est un acte fondamentalement indéterministe et irréversible dont le résultat est imprévisible.

Nous ne pouvons observer des particules qu'en les mesurant. Il y a donc un fossé apparemment infranchissable entre le modèle qui permet la prédiction et le résultat de l'expérience. La question que l'on peut se poser est : l'onde de probabilité a-t-elle une existence réelle ? Et si oui, à quel moment intervient sa transformation, son actualisation lors de la mesure ? Est-ce la conscience de l'homme qui actualise l'état de la particule ? Mais dans ce cas le monde existait-il avant l'homme ? Est-ce que ce sont les particules au fil des interactions qui provoquent ce phénomène à grande échelle ? Ou bien finalement, est-ce cette actualisation n'a jamais lieu parce qu'il existe autant d'univers que de résultats possibles d'une expérience ? Mais à quel moment ces univers multiples se divisent-ils ? La réponse à cette question semble inaccessible, si bien qu'on serait tenté de ne pas chercher à y répondre du tout : la théorie remplit son rôle prédictif, ne lui en demandons pas plus...


Une vision du temps irréaliste ?

La science s'est développée au cours des siècles dans différentes disciplines, en particulier la biologie ou les sciences humaines. Avec Darwin, le temps semble jouer un rôle essentiel. L'évolution a un sens. Dans les sciences humaines également, et même en cosmologie, il est impossible de s'affranchir du temps et de son irréversibilité. Finalement la science elle même est une accumulation de connaissance qui a semble-t-il besoin d'un temps irréversible pour exister. Mais il existe un obstacle de taille qui empêche de relier définitivement toutes ces disciplines à la physique : à ce jour aucune loi scientifique fondamentale de la matière n'est ni indéterministe, ni irréversible.

La science connait un énorme succès prédictif et explicatif. Pourtant en assimilant le temps à une dimension équivalente aux dimensions spatiales, en ne différenciant pas fondamentalement le passé du futur, elle offre une vision qui s'éloigne toujours plus de l'intuition et du vécu. La physique ne permet pas l'existence du hasard qui nous semble familier : il n'est que contingence, ou bien il dissimule notre ignorance. Le libre arbitre non plus n'y a pas sa place, ni la conscience d'exister, à moins de postuler l'existence de l'âme immatérielle. Par ailleurs la vision du temps thermodynamique comme d'un cheminement inéluctable vers le désordre ne s'accorde pas avec toutes les structures apparues dans l'univers, des atomes aux galaxies en passant par les êtres vivants. Ces structures, bien qu'étudiées par la science, sont inexpliquées. Les seules conceptions qui nous restent, presque, sont celle de l'univers se déroulant dans l'absurde ou bien celle d'un Dieu créateur et de l'homme comme sa finalité inéluctable... Toute recherche de sens semble vaine. Est-ce le prix à payer de la connaissance ?

La physique quantique peut sembler nous ouvrir une porte de sortie de cette vision fataliste de l'univers. Le monde nous est irréductiblement indéterministe. Seulement passer du fatalisme déterministe au fatalisme aléatoire n'est peut être pas d'un grand secours. De plus l'interprétation de la mesure n'est pas claire et sujette à débat. Enfin, quand bien même le monde serait soumis au hasard à petite échelle, on peut penser que ces fluctuations s'annulent les unes les autres ou bien n'ont aucun impact déterminant à grande échelle. C'est pourquoi de nombreux physiciens (comme Hawking) pensent que l'univers est entièrement déterminé par ses conditions initiales. Einstein lui même ne concevait pas l'existence du hasard. Il se refusait à imaginer que le monde puisse être indéterministe : "Dieu ne joue pas aux dés". Cependant, comme nous le verrons dans le prochain article, d'autres conceptions du temps sont possibles.

mercredi 18 juin 2008

Qu'est-ce que le temps ? (1) - L'approche classique

Le temps de la science est-il compatible avec celui de notre vécu dans lesquels les événements se succèdent ? Est-ce le même temps ? Comment expliquer le succès prédictif des théories scientifiques alors que la conception déterministe et réversible qui l'accompagne semble aller contre l'intuition ? En retraçant l'histoire de la conception du temps dans la science, de la physique classique aux derniers axes de recherche, nous tenterons de répondre à ces questions. Nous nous attacherons à la notion de temps non pas en tant dimension à travers la durée, mais plutôt à son essence même, et donc aux notions d'irréversibilités et de déterminisme. Le premier article sera consacré à la physique classique et statistique, le second à la physique quantique et relativiste et le dernier à la science du chaos et des systèmes hors équilibre.


La physique classique


Au XVIIème siècle, Newton propose un modèle du monde dans lequel l'espace et le temps sont le cadre immuable des évènements et les particules ponctuelles leurs acteurs. Il décrit mathématiquement les forces qui les animent par des équations. Dès lors ce modèle connait un énorme succès prédictif et explicatif, et marque le début de la science telle que nous la connaissons. Il devient possible de prédire le mouvement des astres, mais aussi d'essayer de comprendre les mécanismes qui sous-tendent ce mouvement, et qui sont les mêmes que ceux qui font tomber les objets : l'attraction universelle. Fort de ce succès, l'homme peut nourrir le rêve un jour de dévoiler l'ensemble des mécanismes de l'univers.

Les lois de Newton sont déterministes et réversibles par rapport au temps. Ceci signifie que si l'on connait parfaitement l'état d'un système à un moment donné, nous pouvons déduire avec certitude l'évolution de son état au cours du temps, aussi bien vers le futur qu'en remontant dans le passé. Ceci signifie également qu'un film passé à l'envers devrait être indiscernable d'un film passé à l'endroit. Une balle jetée au sol devrait en théorie rebondir indéfiniment. Ceci semble irréaliste dans le monde qui nous entoure, et les physiciens s'essaieront ensuite à expliquer les forces de frottement, mais reste tout a fait réaliste à l'échelle des astres.

Ainsi dans la physique classique, l'univers n'a pas d'histoire, il est immuable. Le temps semble n'exister que comme une dimension dans laquelle se déroulent des événements déjà écrits. Il n'y a que l'existence de Dieu pour expliquer que le monde soit tel que nous le connaissons, avec ses astres, ses paysages et ses espèces vivantes. Dans ce monde mécanique, l'homme habité d'une âme forcément immatérielle peut être conçu soit comme simple spectateur de son existence, soit comme acteur doué du libre arbitre, en quel cas la science lui offre un pouvoir technique inédit.


La physique statistique
et la thermodynamique

C'est au XIXème siècle avec la thermodynamique et en grande partie grâce au travail de Boltzmann que l'irréversibilité par rapport au temps sera théorisée. Pour comprendre ce qui fonde les lois de la thermodynamique, imaginons une boule de billard lancée sur un tapis. Elle finit par s'arrêter. Mais l'énergie fournie à la boule au départ n'a pas disparue, elle a été transmise par les frottements au tapis, ce qui a eu pour effet d'agiter de manière désordonnée ses molécules, et s'est traduit finalement par une légère augmentation de la température du tapis.

Or nous observons que si une énergie "ordonnée" comme le mouvement peut se transformer en énergie "désordonnée" telle que la chaleur, l'inverse est impossible. Jamais les mouvements erratiques et microscopiques des molécules du tapis ne se mettront spontanément à suivre la même direction pour pousser la boule de billard. Une différence de température entre deux zones peut provoquer le mouvement d'un gaz, comme dans une machine à vapeur, mais pas la chaleur en elle même. Une différence de chaleur est d'ailleurs également une forme "d'ordre" qui finit naturellement par se transformer en désordre, ce qu'on peut constater en versant de l'eau chaude dans un bain froid : la température devient rapidement homogène.

En thermodynamique, ce concept que nous interprétons comme un désordre s'appelle l'entropie. Il peut également s'interpréter en terme d'information (un mouvement uniforme contient moins d'information que des mouvements désordonnés). La thermodynamique comprend deux principes fondamentaux. Le premier stipule que l'énergie d'un système isolé se conserve toujours. Le second affirme que l'entropie globale d'un système isolé ne peut qu'augmenter. La variation d'entropie est donc une marque d'irréversibilité du temps : quand dans une réaction donnée elle augmente, on parle de réaction irréversible. Quand l'entropie ne varie pas, il est toujours possible d'inverser la réaction sans nouvel apport d'énergie, elle est réversible. Enfin on peut définir l'état d'équilibre d'un système comme son état d'entropie maximale, quand l'entropie ne peut plus augmenter.


Réversible ou irréversible ?


La thermodynamique entend expliquer les phénomènes macroscopiques en se fondant néanmoins sur les lois de la mécanique newtonienne. La température d'un liquide, par exemple, n'est finalement qu'une expression de la valeur moyenne de la vitesses des particules dont est constitué le liquide. La thermodynamique est donc une science statistique entièrement fondée sur des lois réversibles et déterministes, celles de Newton. Pourtant de cette science émerge une loi indéterminisme. Comment expliquer ce paradoxe ?

Pour répondre à cette question, considérons de nouveau une table de billard sur laquelle on place des boules de manière ordonnée, par exemple dans un triangle comme au début d'une partie. Si l'on projette la boule blanche sur les autres, après quelques instants, l'état du billard est totalement désordonné : les boules sont réparties un peu partout sur la table. Pourtant chaque choc entre deux boules est réversible, et l'on pourrait donner aux boules un mouvement exactement inverse pour qu'elles retrouvent leur état initial. Mais une petite imprécision dans cette tentative donnerait un résultat différent et désordonné. Ceci peut s'expliquer par le fait que l'état désordonnée est simplement plus probable que l'état ordonné. De même que la transformation de chaleur en mouvement est hautement improbable tandis que la transformation inverse est très probable, l'apparition de structures sur un billard par une succession de chocs entre les boules est hautement improbable.

Ainsi l'irréversibilité en thermodynamique ne serait qu'une illusion donnée par des conditions initiales ordonnées et par l'évolution des systèmes vers des états plus probables, donc plus homogènes et moins ordonnés. Rien ne peut expliquer la présence de structures ou d'êtres vivants dans le monde, sinon des conditions initiales extrêmement bien ajustées, sans doute par un être divin. Mais le pire dans tout ça, c'est que l'univers se dirige inéluctablement vers le désordre et l'homogénéité croissante, vers un état d'équilibre ultime où plus rien de nouveau n'apparaitra. Autrement dit : nous allons tous finir poussière... Mais nous verrons dans le prochain article qu'heureusement les choses ne s'arrêtent pas là.

jeudi 12 juin 2008

Aujourd’hui, j’ai testé pour vous... Les quotidiens gratuits !


Chaque jour en prenant les transports en commun, je vois d’abord de jeunes gens affublés de déguisements et qui, tels les crieurs d’antan mais ressemblant plus, eux, à des hommes sandwiches, une pile de journaux sous le bras, les distribuent à qui n’en veux. On se les arrache, et pour cause, ils sont gratuits... De quoi faire passer la pilule du trajet quotidien en s’occupant l’esprit. Et je vois ensuite dans le bus les têtes se cacher derrière ce journal, préférant arborer l’énorme publicité de la quatrième de couverture plutôt que leur triste mine fatiguée du matin.

Ca faisant bien longtemps que je n’avais pas eu un tel papier dans les mains, car je leur préfère les livres ou, excusez ma vanité, mes propres réflexions défilant dans mon esprit au rythme du paysage. C’est pourquoi je décidai de m’en procurer plusieurs exemplaires afin d’en analyser le contenu, et surtout, de répondre à la question qui taraude, j’en suis sûr, plus d’un esprit : par quelle phénoménale philanthropie de grands groupes industriels pourtant d’habitude peu scrupuleux (Bolloré, Bouygues...) décidèrent un jour de faire bénéficier gratuitement le peuple de tant de précieuses informations ? Je me suis donc procuré deux exemplaires du produit de ces généreux donateurs, espérant secrètement qu’en résolvant ce mystère, j’apporterais un peu de clarté à un autre mystère, plus ancien mais similaire, celui de la gratuité de la télévision. C’est donc muni du numéro du 28 Mai de « Direct Soir » et du numéro du 29 Mai de « Métro » que je m’apprête à vous livrer mes conclusions.


Observons d’abord la couverture de « Direct Soir » : il ne s’agit pas d’une publicité mais presque. Le journal titre « Sortie du film ’Sex and the City’ », avec une photo de l’actrice Sarah Jessica Parker. C’est vrai qu’on était mercredi, le jour de sortie du film...


Les deux pages suivantes traitent de l’actualité France et de l’actualité monde. Environ 15 articles en tout, très courts, qui ressemblent à des retranscriptions de dépêches AFP. Aucune analyse, de l’information "brute". On notera un passage un article reprenant une communication gouvernemental sans commentaire (Le « plan campus »), et surtout l’absence d’un sujet qui pourtant était dans l’actualité ce jour là : les négociations sur les 35 heures.


Les trois pages suivantes, titrées « En couverture », traitent donc de manière complaisante du nouveau film « Sex and the city ». Pas de critique du film à l’horizon, ni bonne ni mauvaise, mais plutôt une longue rétrospective fort élogieuse de la série qui a « révolutionné le monde des séries » et de l’incroyable parcours de Sarah Jessica Parker, « enfant de la balle », « icône malgré elle », agrémentée d’une interview de cette dernière et de petits encadré sur les personnages de la série histoire de bien se les remettre en tête avant d’aller voir le film. Enfin le dossier se termine sur une invitation à « aller plus loin » en achetant, au choix (multiple) : le DVD de la série, le livre qui a inspiré la série ou encore la biographie de la star de la série. C’est après ces trois pages délicieuses que nous voyons enfin venir la première publicité du journal, en pleine page.


Attardons nous un petit peu sur les deux pages suivantes qui constituent en quelque sorte la rubrique économie du journal. S’agit-il des dernières nouvelles financières ? Parle-t-on de fusions d’entreprises, ou encore de politique économique ? Du tout. La rubrique, en réalité intitulée « la saga de l’économie », est consacrée chaque jour au portrait d’une entreprise, le récit d’une réussite exemplaire, aujourd’hui les laboratoires Boiron et leur passion de l’homéopathie. Ayant eu une formation scientifique, je sais bien que l’homéopathie ne fonctionne pas plus qu’un placebo (et rappelons qu’un placebo est efficace), comme l’ont montré de nombreuses études. Ce n’est pas le fruit de l’expérimentation mais celui d’une croyance irrationnelle depuis démentie par la découverte de l’aspect moléculaire de la matière. Aussi je suis surpris de ne voir dans cette double page qu’une seule référence à l’aspect non scientifique de l’homéopathie, en une phrase laconique à la fin d’un encadré : « Certains médecins continuent aujourd’hui à ne voir qu’un simple placebo dans cette médecine naturelle ». Ainsi certains médecins têtus « continuent » à ne pas croire à l’efficacité de l’homéopathie... Malgré toute les études qui ont prouvé que son efficacité était celle d’un placebo ? Le verbe continuer sous-entend donc que l’homéopathie, « médecine naturelle », sans doute par opposition aux « médecines artificielles », appartient à l’avenir. Cela mérite réflexion... Mais plutôt que de réfléchir, on nous propose de contempler les chiffres qui illustrent le formidable succès de l’homéopathie : les 400 millions de personnes qui se soignent avec, et les 200 000 médecins qui lui font confiance dans une centaine de pays. Ca vaut bien toutes les preuves... En tout cas il est évident que cet article n’est pas le lieu pour emettre un doute sur la fabuleuse histoire philantropique et passionnée menée par les laboratoires boiron.


Suivent deux pages « sport », avec une sélection de livre en prime, puis trois pages « culture », encore remplies de livres, de DVD, de CDs, de BDs, de spectacles, et même un encadré sur un restaurant parisien. Bien sûr tous ces produits de consommation sont fortement conseillés. Un seule réelle critique dans ces trois pages, celle d’un film, aujourd’hui, « Maradonna ». La critique est mauvaise : Kusturica se met hors jeu en s’attardant sur le terrain glissant de la politique (en l’occurrence l’altermondialisme).


Je ne m’attarderai pas sur la fin du journal : une pub en pleine page, une page « cosmétique » vantant différents produits, encore une pub en pleine page, deux pages « people », programmes télé, horoscopes, météo et mots fléchés... Puis sur la quatrième de couverture une dernière publicité. Au total, donc, 4 pages de pub seulement sur les 24 que compte le journal... Mais combien de publicités « déguisées » ?


Passons au magasine « Métro ». Il était accompagné ce matin là d’un supplément. Le journal « Le Monde » offre parfois de tels suppléments économiques, avec des articles de fond prenant un peu de recul sur l’actualité. Métro aussi offre des suppléments. Ici il s’agissait du catalogue publicitaire de « Virgin mégastore »... Ceci devrait nous mettre la puce à l’oreille.


Voici rapidement le contenu du journal : en première page, des gros titres sur un fait divers (l’affaire fourniret) et le sport (Euro 2008). S’ensuivent 5 pages d’informations, principalement des dépêches factuelles, une page « écologie », une demi page « reportage », deux pages « sport », une page jeux et météo, quatre pages « culture » remplies pour moitié de publicités et pour finir deux pages « télévision ». A ceci s’ajoute 6 publicités en pleine page ainsi que de nombreux encarts. Au total, l’équivalent de 10 pages sont consacrées à la publicité sur les 24 que compte le journal. Remarquons au passage que les articles de politique reprennent avec une relative complaisance les communications gouvernementales (« un gros bonus pour les campus », « à la chasse aux niches ») et les informations sur le Medef (« le Medef s’engage pour réinsérer les détenus »), qu’une fois de plus les 35 heures sont absentes, et que les faits divers occupent le gros des deux premières pages.


Que conclure de tout ceci ? Nous savons bien qu’en ce monde rien n’est gratuit. Ces journaux ont bien un prix, mais lequel ? Nous pourrions penser qu’il s’agit d’une forme de propagande politique visant à (dé)former l’opinion, comme le font les états totalitaires. Ceci expliquerait sa gratuité. Mais force est de constater que ce n’est pas le cas. En premier lieu ces journaux ne sont pas financés par l’état mais par de grands groupes industriels et médiatiques. En second lieu, même si les informations politiques sont traitées avec une relative complaisance envers le gouvernement et même si certains sujets sont occultés, la politique n’occupe certainement pas le premier plan. Bien au contraire.


En réalité nous voyons clairement deux modèles : celui du matin et celui du soir.

Celui du matin, c’est « Métro ». Près de la moitié de son contenu est consacré à la publicité. Il contient une part relativement importante d’informations, factuelle et axée sur les faits divers, 5 pages. Il contient 7 pages plus « futiles » (sport, culture, télévision...) plus quelques pages de type « magasine » (immobilier, écologie).


Mais le cas le plus intéressant est celui du soir. Il est beaucoup moins porté sur l’information, 2 pages seulement. De plus il ne contient que 4 pages de publicités. Mais si l’on est attentif, on s’aperçoit que chaque page est une injonction à la consommation. Pas moins de 9 pages du journal peuvent être considérées comme des publicités déguisées, pour les cosmétiques, pour les produits culturels « de masse » ou pour une entreprise. Enfin 9 pages sont ce que j’appellerais des futilités (sport, horoscope, télévision).


Non, ces journaux ne sont certainement pas des journaux de propagande politique. Ce sont des journaux de propagande économique, au service des acteurs dominants du marché. Ce n’est pas l’état qui essaie de transformer l’opinion publique mais ce sont les grands groupes les plus puissants. Ils ne cherchent pas à nous imposer une vision politique. Le message est le même qu’à la télévision. C’est le suivant : ne vous intéressez pas à la politique. Ne pensez pas à mal de l’état. Ne contestez rien, ne critiquez rien. Divertissez-vous. Consommez. Non nous ne sommes pas dans une dictature politique. Nous sommes dans une dictature économique.


Les quotidiens gratuits fonctionnent sur le modèle de l'économie de l'attention. S'ils sont gratuits, c'est que contrairement aux apparences, nous ne sommes pas les clients de ces journaux mais leur fournisseur : en attention. Cette attention est revendue aux annonceurs.


Quand on sait que la plupart des gens ne s'informe que par les médias gratuits, c'est un vrai problème de société qui se pose. Il devient très facile de manipuler l'opinion de manière sournoise. Les journaux gratuits ne sont pas exhaustifs : l'information y est filtrée, parfois occultée. Ils nous noient de faits divers alors que certains faits importants ne sont jamais repris. Les mouvements sociaux par exemple sont systématiquement présentés sous l’angle de la gêne des usagers, mais les revendications des grévistes ne sont quasiment pas reprises, ou bien présentées rapidement et de manière biaisée. Qui va aller s’informer pour aller plus loin, quand les choses sont présentées ainsi ? Le résultat est clair: l’opinion publique est manipulée par des grands groupes médiatiques détenus par des gens puissants et qui ont plutôt intérêt à casser les mouvements sociaux.


Prendre chaque matin un exemplaire de ce journal pour se distraire le temps d’un trajet peut paraître anodin. Il n’en est rien, car ce faisant nous laissons les puissants nous manipuler. Croyez moi on n’est jamais assez averti. Même critique et lucide notre esprit finit par baisser la garde devant ces annonceurs qui savent mieux que personne parler à notre inconscient. Aussi le mieux est encore de s’en passer.


Pour terminer, j’aimerai évoquer une publicité pour le magasine « Métro ». Elle montre un suporter de football en train de faire le salut nazi près d’un stade. Un mannequin noir placé derrière lui comme une ombre soutient son bras tendu. Le slogan est le suivant : « se faire une opinion, ce n’est pas suivre celle des autres. » Puis le logo : « Métro. Les faits. »


Quelle belle leçon. Passons sur le côté démagogique de l’anti-fascisme et intéressons-nous au slogan. Effectivement, pourquoi s’embarrasser des analyses et des réflexions des autres ? Pourquoi lire des articles de fond ? Pourquoi prendre du recul ? Pourquoi partager ? Les actualités au jour le jour, « à chaud », suffisent amplement à se forger une opinion, et en particulier les faits divers les plus sinistres si bien mis en avant par les médias... Qui oserait mettre en doute la pureté et l’objectivité sans faille des faits qui nous sont présentés, sélectionnés pour nous de manière totalement impartiale, sans jamais privilégier le sensationnel bien entendu ? Les faits, rien que les faits. Ils nous suffisent. Pourquoi s’embarrasser de mises en relation avec d’autres événements plus anciens, voire même, au mon dieu, avec l’histoire ? Nous savons bien que toutes les opinions se valent, que tout est relatif, l’opinion de l’expert et celle du quidam, que la discussion ne mène à rien... Alors surtout, ne réfléchissons pas trop.

mercredi 11 juin 2008

Le temps

Le futur, c'est ce vers quoi tu veux tendre. Le passé, c'est ce qui t'en donne la force. Au présent, tu donnes ta force au futur.
L'homme est une flèche sur un arc tendu, c'est un arc tendu sur une flèche.

dimanche 8 juin 2008

Idée reçue numéro 2 - le naturel et l'artificiel

Ce qui est artificiel serait anti-naturel, ou néfaste pour la nature.
En réalité l'homme lui même est naturel, la nature est créatrice, et par conséquent les créations de l'homme ne sont que les créations les plus sophistiquées que nous connaissions de la nature elle même, à travers nous.
Loin de moi l'idée de cautionner n'importe quelle action de l'homme ni d'affirmer qu'elles se valent toutes. Cependant l'idéalisation, la sacralisation à outrance de tout ce qui est naturel, l'idée d'un sanctuaire intouchable du naturel et la diabolisation de toute action de l'homme est naïve même si tout indique que ces actions auraient tout intérêt à être teintées de respect. Mais c'est un autre problème.
En fin de compte, la distinction entre le naturel et l'artificiel est elle même artificielle. Elle est donc également naturelle...