lundi 2 mars 2009

Abolissons la propriété !


La notion de propriété est-elle naturelle ?


La notion de propriété est-elle naturelle ? Pas si l'on en croit Henri Laborit. Dans son livre "Dieu ne joue pas au dés", bien loin des préoccupations économiques qui vont nous intéresser ici, il décrit notre monde à la lumière de nos connaissances scientifiques en terme de niveaux d'organisation imbriqués les uns dans les autres. Dans un passage sur les organisations sociales, voici comment il nous parle de la notion de propriété : "Il n'y a donc pas d'instinct de propriété. Il y a simplement l'apprentissage par un système nerveux de l'agrément qui peut résulter de l'emploi ou de l'indispensabilité de garder à sa disposition des objets et des êtres gratifiants. Il n'y a pas non plus d'instinct de défense du territoire, il y a simplement un espace dans lequel des individus trouvent et veulent conserver à leur disposition des êtres et des objets gratifiants." Autrement dit, la notion fondamentale ne serait pas la possession mais l'accessibilité, la nécessité de tenir à disposition ce dont nous avons besoin.

Rappelons que la notion de propriété privée est le principal fondement de notre système de droit, et par conséquent de notre économie tout entière. Je pense avoir montré récemment que ce principe n'allait pas sans poser certains problèmes. A la base du capitalisme, élément essentiel du consumérisme, participant donc à la destruction de l'environnement, on peut également lui attribuer l'origine de l'injustice sociale, par le principe suivant lequel plus je possède et plus je gagne d'argent, sans pour autant travailler ni le mériter. Le propriétaire est celui qui s'enrichit. Or si on en croit Henri Laborit, qui s'appuie dans ce livre sur des recherches scientifiques dans différents domaines, le principe de propriété n'aurait rien de naturel, il ne constituerait pas le moins du monde un instinct, la seule choses dont nous aurions besoin étant l'accessibilité des objets.

A titre personnel je suis tout a fait prêt à le croire, et la propriété peut se montrer parfois bien encombrante. J'ai par exemple dans ma cuisine une foule d'ustensiles que je n'utilise que très rarement. Je les prête volontiers à des voisins ou des connaissances et au fond peu m'importe de les posséder et de les céder le temps d'une soirée, tout ce dont j'ai besoin c'est de pouvoir y accéder au moment où j'en ai besoin, le reste du temps ils ne font qu'encombrer mes armoires. J'ai aussi une quantité innombrable de vieilles chaussures démodés dont je ne sais que faire, mais que je refuse de jeter parce qu'elles sont encore en bon état : je me passerais bien de les posséder... Ce qui est important n'est donc pas la propriété mais l'accessibilité. En poussant un peu on croirait presque que notre société actuelle, qui de l'avis de nombreuses personnes va droit dans le mur, serait fondée sur un simple malentendu. Et s'il en allait autrement ? Et si par exemple au lieu de payer pour posséder des objets, nous payions simplement pour les utiliser ? Et si le principe fondamentale de toute transaction économique n'était pas la cession du droit de propriété, mais plutôt la location d'un droit d'accès à un bien ou un service ? Et si nous abolissions la propriété ? C'est cette utopie, moins radicale qu'il n'y parait, que je vous propose de partager le temps de cet article.

Mise en oeuvre

Dans un monde où la propriété n'est pas cessible, un objet appartient irrévocablement à celui qui le crée, ou plutôt à l'entité abstraite responsable de sa création, l'entreprise. Cependant il est possible à chacun d'entre nous d'utiliser ces objets "en location" pendant la durée souhaitée. Chacun paie donc chaque mois ou chaque jour pour l'ensemble de ce qu'il "possède" et peut restituer à n'importe quel moment les objets dont il n'a plus besoin. Le taux de location est réajusté en permanence en fonction du marché, selon les lois de l'offre et de la demande. Il est également fonction de l'ancienneté de l'objet et de l'usure dont nous sommes responsable : utiliser un objet intensivement coûte plus cher que de bien le conserver. Enfin à chaque contrat de location peut s'ajouter un taux fixe correspondant au service de mise à disposition. Par convention nous pouvons considérer qu'un objet possède une valeur totale, équivalente de la valeur que nous lui attribuons aujourd'hui, qui correspondrait à la somme de ses locations sur une durée infinie (ce qui implique, pour les matheux, que cette somme converge, ce qui est le cas si on diminue à intervalle régulier le taux de location d'un même facteur - nous avons alors affaire à une série géométrique). Alors la location consiste finalement à imputer régulièrement à cet objet une partie de sa valeur totale, partie d'autant plus grande que nous avons "usé" le bien, et à rembourser cette partie au propriétaire de l'objet.

Dans la pratique il serait tout a fait fastidieux de payer chaque jour ou chaque mois pour l'utilisation du moindre objet, de l'ouvre bouteille à la paire de chaussette en passant par nos cuillères à café. Une facilité de paiement pour les objets ayant une valeur relativement faible consisterait à payer au départ pour l'intégralité de l'objet, et à récupérer au moment de la restitution sa valeur restante, en fonction de l'usure infligée. Alors tout se passerait exactement comme si nous avions simplement acheté puis revendu l'objet, et les choses ne changent pas beaucoup par rapport à notre système actuel, à ceci près que l'entreprise qui nous a fournie un bien est tenue de nous le "racheter", et, ce qui a son importance, qu'il est impossible par définition de "revendre" un bien plus cher qu'on l'a acheté, non pas parce que c'est interdit, mais simplement parce que ça n'a aucun sens d'avoir un tarif de location négatif. De même la sous-location ne peut apporter de bénéfice puisque les taux sont sans cesse réajustés. Le lecteur alerte comprendra aisément comment un tel système peut s'adapter aux biens "consommables". Un bien consommable est simplement un bien dont la valeur diminue jusqu'à devenir nulle au moment où il est consommé, si bien qu'il devient inutile de le restituer à son propriétaire. L'acheteur paie une fois pour toute sa valeur totale correspondant à sa location sur un temps infini. Il lui est toujours possible de restituer l'objet tant qu'il n'a pas été consommé (du moins s'il n'est pas périssable, en quel cas sa valeur diminue rapidement).

Voyons comment les choses se passent au niveau de l'entreprise. Produire, c'est transformer des matériaux en un produit fini à l'aide d'outils de production. Les matériaux constituent alors des biens consommables, les outils de production sont loués et le produit fini appartient à l'entreprise et peut être loué à son tour. Remarquons que la distribution ne peut en aucun cas être un achat et une revente : c'est donc un service rendu, facturé en tant que tel. Par ailleurs, puisque la propriété n'est accessible qu'aux entreprises, personne ne peut posséder une entreprise et l'actionnariat ne peut plus exister. Si on ne peut la posséder, peut-on la louer ? Puisqu'une entreprise, contrairement à un bien ordinaire, est amenée à prendre de la valeur avec le temps, la "louer" permet gagner de l'argent. Tout comme la location d'un bien a pour contrepartie le fait de lui faire perdre de la valeur en l'usant, la location d'une entreprise a pour contrepartie de lui faire prendre de la valeur en y travaillant. Ce sont donc les travailleurs qui "louent" leur entreprise et touchent les bénéfices, non les actionnaires, bien que le fait de prêter de l'argent puisse être rémunéré à la "valeur locative" courante de l'argent. Enfin remontons maintenant la chaine de production jusqu'aux matières premières. Les ressources naturelles aussi, en toute logiques, devraient se louer. Seulement elles n'ont aucun propriétaire. Il est donc nécessaire de mettre en place une entité dont les comptes sont rendus publics jouant le rôle de garant de ces ressources. L'extraction de minerais et l'exploitation des sols, tout comme la chasse, la pêche, l'utilisation de l'atmosphère et des eaux naturelles, en ce qu'ils peuvent constituer un appauvrissement des ressources, ont donc un coût locatif.

Conséquences économiques

La principale conséquence pour le consommateur est de pouvoir restituer ses objet quand bon lui semble. Quelqu'un peut par exemple décider de prendre une voiture différente chaque matin plutôt que de conserver la même. Il peut en louer une plus belle le temps d'une journée, ou prendre les transports en communs la plupart du temps. Il peut la restituer à un endroit différent et revenir à vélo si l'entreprise le permet. N'importe quel client possède le droit de changer d'avis après avoir fait l'acquisition d'un objet. Enfin la gestion des déchets est totalement différente puisqu'il n'est plus nécessaire de jeter un objet ou de trouver repreneur pour s'en débarrasser, il suffit de les rendre. Les emballages et les déchets alimentaires eux aussi peuvent être restitués. La valeur locative ne nombreux biens, comme les voitures serait sans doute plus faible qu'elle ne l'est maintenant si la location était généralisée. La location des appartements baisserait peut-être avec le temps et l'usure des immeubles. Il serait également possible d'accéder à un nombre beaucoup plus important d'objets plus anciens à bas prix. Il y a fort à parier que l'ensemble des prix baisserait fortement, étant donné la quantité beaucoup plus importante de marchandise disponible ne nécessitant pas de travail de production qu'aujourd'hui nous jetons plutôt que de la réutiliser. Il y aurait moins besoin de travailler, mais l'économie aboutirait néanmoins à un équilibre par le biais de l'offre et de la demande.

Au niveau économique, un tel fonctionnement sonnerait le glas de l'économie du "jetable", de la consommation et des phénomènes de mode produisant un renouvellement permanent des biens. Plus question pour une entreprise de fabriquer des lave-linge d'une durée de 2 ans en espérant en vendre plus. Au contraire : plus ses produits sont durables et plus elle pourra en tirer de bénéfice sur le long terme. Plus question non plus de produire des tonnes d'emballages jetables. Une entreprise est responsable de ses produits sur l'ensemble de leur durée de vie, de la production à la destruction. C'est elle qui gère ses déchets. L'agriculteur lui même doit pouvoir récupérer les déchets alimentaires et les réutiliser en compost. Une entreprise a donc tout intérêt à réparer, à recycler, à re-valoriser si elle ne veut pas avoir à gérer des tonnes de déchets, c'est à dire à appliquer l'optimisation des processus non seulement à la production mais à l'ensemble du cycle de vie des marchandises, et donc à être globalement plus responsables. Aujourd'hui nous rechignons tous à acheter de l'usagé mais gageons que les services marketing des grandes entreprises seraient prêts à nous faire oublier ce détail en nous garantissant la qualité à bas prix si c'était dans leur intérêt. Il s'ensuivrait des économies substantielles, non seulement au niveau des entreprises, mais surtout pour la société dans son ensemble, et une amélioration certaine de l'environnement

Ce serait également la fin de la spéculation. Il est inconcevable d'acheter quelque chose pour le revendre plus cher. La seule façon de tirer un bénéfice quelconque est de fournir un travail sur un bien. Le fait qu'il n'y ait plus d'actionnariat ne doit pas empêcher de nouvelles entreprises de se créer. En effet il n'est plus besoin de fournir un investissement de départ énorme pour monter une affaire dans un monde où tout se loue : pas question d'acheter des locaux, des machines, des infrastructures, mais simplement de les louer, et de les rendre si jamais nous rencontrons des problèmes économiques. Si l'affaire est rentable, elle peut l'être immédiatement par le simple produit d'un travail. La notion d'investissement elle même perd de son sens, on parlera plus volontiers de croissance de l'activité, sachant qu'il est tout aussi facile de croitre que de décroitre sans perdre d'argent, il suffit de cesser une location. Pas d'investissement ni d'actionnariat : le produit du travail est intégralement redistribué aux travailleurs. Ce serait donc aussi la fin du salariat, bien qu'on puisse imaginer un système de mutualisation assurant une rémunération stable. Si une entreprise souhaite externaliser le travail et le rémunérer comme un service pour plus de flexibilité, on imagine qu'il se formerait des sociétés de prestation de service, mais encore une fois les bénéfices de ces sociétés intermédiaires seraient intégralement reversées aux travailleurs. De cette manière il est impossible de revenir à système aboutissant à un enrichissement systématique des propriétaires tel que nous le connaissons actuellement. Seul le fait de prêter de l'argent peut encore "enrichir le riche", mais à des taux sans doute plus bas, puisque l'argent serait moins indispensable qu'il ne l'est aujourd'hui.

Conclusion


Un tel système basé non pas sur la propriété mais sur l'utilisation des biens serait donc exempt de nombreux défauts que nous connaissons au capitalisme, tout en conservant un certain nombre de ses avantages qu'il est difficile de nier, comme l'ajustement naturel des prix en fonction de l'offre et de la demande et le jeu de la concurrence aboutissant à l'optimisation des processus. Ceci ne signifie pas que ce système soit parfait, il faudrait sans doute lui adjoindre une sphère public et communautaire et une redistribution des richesses, et il ne règle pas les questions de propriété intellectuelle mais c'est un début. Enfin revenons à la réalité : un tel système, tout de même assez complexe à gérer, est-il possible à mettre en place progressivement à partir du système actuel ? Il faudrait réformer le statut des entreprises et de l'actionnariat, au moins pour les nouvelles entreprises, puis leur imposer le recyclage systématique de leurs produits et les obliger à la récupération pour les préparer avant de réformer totalement le statut de l'économie, et enfin attendre que les anciennes possessions se dissipent au cours du temps. A chaque étape, quand bien même une volonté politique inébranlable existerait, des forces incommensurables, celles des grands propriétaires et actionnaires actuels, s'opposeraient à ces changements. Alors ne rêvons pas trop...

12 commentaires:

2Casa a dit…

§3 "cessation", n'est-ce pas plutôt "cession" ?

Je me suis posé ces questions de "mutualisation" mais à propos des jardins - on a les préoccupations qu'on peut - et des outils de jardinage : 15 tondeuses dans le quartier, 9 remorques, 23 sécateurs et pas un seul taille-haie !

Une cabane au milieu de la rue et tout le monde pourrait venir y chercher ses outils pour une durée donnée, un moment donné et les utiliser.

Tous ensemble le dimanche ? Bon. Dans l'accessibilité il y a l'immédiateté, non ? Mauvaises habitudes... acquises ? Et avant, ne collaborait-on pas plus ?

Si la philia régnait ça se saurait.

Q a dit…

Oops... Cession. Merci je corrige.

Effectivement les jardins, c'est un bon exemple.

Si la propriété était abolie, les entreprises ne pourraient plus se contenter de fabriquer des tondeuses, elles seraient forcées de nous les louer.
Du coup ces entreprises seraient peut-être amenées à s'implanter directement dans les quartiers et les gens seraient plus intéressés par la location, beaucoup moins chère, si c'est à proximité. Les entreprises s'occuperaient de gérer les stocks pour qu'il y en ait toujours suffisamment pour tout le monde - question de rentabilité. Seules les personnes vraiment riches souhaitant garder leur tondeuse personnelle à disposition pourraient payer la location en permanence, beaucoup plus cher...

Pas besoin de bonne volonté, de philia, donc. Il suffit simplement d'abolir la propriété pour que le marché de lui même devienne plus "responsable" et travaille réellement à l'optimisation.

Philou a dit…

On voit d'ailleurs que la location est de plus en plus pratiquée. Le velib' à Paris : pourquoi acheter un vélo alors que l'on peut en louer partout facilement pour un prix modique. la même chose commence à se développer pour la voiture. On voit immédiatement l'avantage pour tout le monde.

Mais c'est un usage plus pratique, permettant une utilisation plus souple et plus rationnelle qui abouti à une facilitation de l'accès à cet objet. Avant le velib' je n'utilisais pas le vélo à Paris. Si je peux louer facilement une voiture, je le ferais alors que sinon je me serais débrouillé autrement. C'est donc une meilleur forme de commercialisation de l'objet, plus adaptée à certains usages. Un meilleur échange. Mais cela ne me semble pas remettre en cause la propriété ou l'instinct de propriété.

L'idée de location consiste à échanger une somme d'argent pour utiliser l'objet à un moment donné pour une période définie. Elle n'abolit pas la propriété : il y a toujours une entité qui est propriétaire de l'objet loué. Et cette entité ne vous laisse pas l'usage de cet objet pour le plaisir mais pour faire un profit qui lui permet d'accéder aux biens dont elle même a besoin et quelle ne possède pas.

On peut être propriétaire d'un objet parce qu'on l'a acheté, parce qu'on l'a fabriqué. On a échangé dans les deux cas ses propres ressources (une partie de son temps de vie, sa force) contre un objet. Ce qui justifie à tout le moins de pouvoir l'utiliser, c'est à dire le posséder durant un temps donné. Sinon il n'y aurait pas d'intérêt à le fabriquer et à l'acheter : si quelqu'un se construit un abri c'est bien pour ne pas mourir de froid. L'usage doit lui en être garanti et donc il est légitime qu'il se protège contre le voleur qui voudrait s'en emparer. Pour cela il fait valoir sa propriété, que ce soit par les armes ou, évolution de la société, par la justice.

Les seuls bien qui n'impliquent par la notion de propriété sont ceux abondants, que l'on peut trouver partout, libre d'accès et d'usage, que l'on peut utiliser à tout moment en fonction de ses besoins. Je n'en voit pas beaucoup d'exemple, si ce n'est l'air que l'on respire.

La propriété ne me semble pas le propre de l'homme, mais bien de toutes les êtres animés. Les animaux ont presque tous besoin d'un abri, d'un territoire qu'ils défendent et si certes ils n'ont pas de certificats de propriété ils agissent d'instinct pour la protéger. Certains stockent la nourriture qu'ils ramassent pour en disposer suivant leur besoin. On peut sans doute trouver dans la nature toutes les formes d'organisation, de ceux qui utilisent des outils à ceux qui parasitent un autre animal.

Q a dit…

Le titre est assez trompeur finalement, puisqu'il ne s'agit pas réellement d'abolir la propriété (sachant qu'il serait possible de louer un objet neuf pour une période infinie) mais de changer les modalités de paiement. On ne paierait plus pour faire l'acquisition d'un bien mais pour le posséder.
Les conséquences sont :
- l'impossibilité de spéculer, puisque la possession a un coût (donc les revenus du bien reviennent entièrement aux producteurs)
- le droit à la restitution (ce qui responsabilise les entreprises en les incitant à produire pour le long terme, à réparer et à recycler)
- une entreprise est possédée par ceux qui y travaillent (donc une meilleure répartition des bénéfices)
- les coûts et les risques de l'investissement sont moindre (donc une sphère financière moins hypertrophiée)

diable moelleux a dit…

"Les seuls bien qui n'impliquent par la "notion de propriété sont ceux abondants, "que l'on peut trouver partout, libre "d'accès et d'usage, que l'on peut "utiliser à tout moment en fonction de "ses besoins. Je n'en voit pas beaucoup "d'exemple, si ce n'est l'air que l'on "respire.

Dans Les Vraies Richesses (1932), Giono parle de la raréfaction des biens et de son intérêt pour certains... à l'époque il avait sans doute plus facilement des exemples de biens abondants. L'eau qu'on boit, aujourd'hui, est peut-être de meilleure qualité (celle en bouteille tout au moins) qu'autrefois celle qu'on puisait ou qu'on prenait à la rivière, en revanche, il n'y a plus vraiment d'eau accès libre.

gidmoz a dit…

L'étude du comportement des animaux montre que l'instinct de possession d'un gibier est vif, que l'instinct de possession d'un territoire existe aussi. Ces instincts sont des reflets, des traces, de notre sens humain inné de la possession.

Le Pape Jean-Paul II, disait même dans une encyclique, que le droit de propriété est le prolongement naturel du respect du à la personne humaine. C'est bien logique. Voler, c'est agresser autrui. Dans la Bible, le 8ème commandement de Moise est "tu ne voleras pas".

Les premières lois écrites, celles Hammourabi datant de 1800BC, montrent elles aussi, que le vol était interdit et que l’État protégeait la propriété privée.

La propriété est utile quotidiennement. Grâce à la propriété, il n'est pas nécessaire de perdre du temps, ressource précieuse, pour ouvrir débat ou un litige, avant l'usage d'une chose. La propriété, c'est la jouissance, l'usage exclusif d'une chose pour un seul individu. C'est aussi, souvent la possibilité de céder cette chose, de la vendre.

Le deuxième paragraphe de votre article rappelle utilement que le Droit de Propriété est un fondement essentiel du Droit actuel. [le lien "montré récemment" est cassé]. Vous rappelez aussi justement que le droit de propriété est un fondement du capitalisme. A mon avis, un système de Droit qui ne serait pas fondé sur le droit de propriété serait inopérant pour toute action concrète. Il serait inutile pour un tribunal qui tranche les litiges. La justice serait alors arbitraire, voire aléatoire.

Je ne suis pas d'accord avec votre propos sur l'environnement, sur le consumérisme, sur l' "injustice sociale".

Q a dit…

Sur la notion de propriété : comme je le rappel dans un commentaire précédant, le titre est un peu trompeur. Il existe plusieurs compréhensions de la propriété. Laquelle relève réellement de l'instinct ? Selon Laborit, c'est "avoir à disposition" plutôt que le lien de propriété tel qu'on l'entend habituellement, et tel qu'il est défini dans le droit (il est discutable de penser que l'usure, la rente ou la spéculation découlent d'un "instinct de propriété"...). C'est la distinction entre les deux que je développe dans l'article.

Pour ce qui est de vos désaccords...

Introduisons dans une économie de marché libre un élément collectif non appropriable pour des raisons techniques (par exemple l'air). Si un acteur de l'économie peut tirer profit de l'exploitation de cet élément, il le fera logiquement. Puisque cet élément n'appartient à personne, il est gratuit. De même si un acteur a un intérêt à détériorer cet élément, il le fera. Si par contre préserver cet élément a un coût, l'acteur économique ne le fera pas, dans la mesure où ce coût bénéficiera autant à ses concurrents qu'à lui même, car l'élément est collectif.

Second exemple : le lien social est profitable à tous (chacun entretient des relations sociales) mais n'appartient à personne en particulier (il faut au moins deux personnes pour faire un lien).

Une entreprise peut avoir intérêt à détruire le lien social, par exemple en mettant en place le travail de nuit. Ca peut être dans l'intérêt du travailleur également si le poste est bien rémunéré. Seul la famille et les amis du travailleur en pâtirons, mais ce ne sont pas eux qui signent le contrat de travail... Le lien social est un élément collectif qui profite à tous, mais il se peut qu'aucun acteur pris isolément n'ait d'intérêt particulier à le sauvegarder, au détriment de tous.

Troisième exemple : la connaissance et l'éducation. Les départements R&D des entreprises font parfois de la recherche appliquée, mais presque jamais de recherche théorique fondamentale. Une entreprise faisant de la recherche fondamentale ne peut pas être viable économiquement, faute de client et de débouchés. La pratique de la science nécessite l'ouverture des données (reproductibilité des résultats, peer review) ce qui interdit en principe de monnayer ces résultats. De plus, la recherche théorique fondamentale, dont le but est de comprendre la nature, n'a en générale pas de débouchée avant des décennies. Financer la recherche fondamentale, c'est donc travailler pour ses concurrents (puisque les données sont publiques) sans espoir de retombées positives à moyen terme. Une société libérale-anarchiste ne pourrait pas développer de science à visée universelle.
Pourtant l'ensemble des produits électroniques d'aujourd'hui dépende de la théorie quantique de l'électromagnétisme qui a été développée au début du XXème siècle, et donc, sans recherche fondamentale, nous en serions encore à l'age de pierre (disons au moyen age)...

De même pour l'éducation. Il n'est pas anodin de constater que les médias privés financés par la publicité n'ont aucun intérêt à éduquer leur clientèle (ou plutôt leurs fournisseur d'attention à la publicité). S'éduquer les uns les autres a un intérêt collectif évident, mais personne pris individuellement n'a d'intérêt à éduquer quelqu'un d'autre. (à suivre)

Q a dit…

(suite)

Ce raisonnement découle basiquement de la théorie des jeux (cf. le dilemme du prisonnier par exemple). Il s'agit d'un cas ou une chose (dépolluer l'air) a un intérêt pour l'ensemble des acteurs, mais n'a aucun intérêt pour chaque acteur pris individuellement, si bien que si les acteurs sont mis en concurrence, ils ne le feront pas. La situation la plus souhaitable ne peut être atteinte que s'il existe une entité organisatrice globale au sein de laquelle il peut y avoir un débat public entre les acteurs, aboutissant raisonnablement et collectivement au meilleur choix. Mais une telle entité ne va pas de soi (aujourd'hui par exemple un tel débat public entre les entreprises transnationales est inexistant, et embryonnaire entre les états).

De nombreuses personnes déplorent aujourd'hui la détérioration de l'environnement (crise climatique), du lien social (individualisation), de l'éducation et de la science. On pointe, à juste titre, le capitalisme : tous ces éléments sont collectifs et non appropriables par nature.

Le libéralisme économique mis en avant idéologiquement lors des dernières décénies, aboutissant à un affaiblissement du pouvoir des états au profit des entreprises transnationales, part du principe qu'il est souhaitable d'avoir des acteurs en concurrence libre. Il consiste donc à négliger, en approximation, ce qui n'est pas appropriable. Il ne peut en résulter qu'une détérioration par les acteurs de tous ces éléments collectifs. C'est précisément ce que l'on observe aujourd'hui.

gidmoz a dit…

1. Plus l'écart est grand entre la Nature de l'Homme est le Droit, plus ce Droit sera difficile à faire respecter, plus il en coutera à l'autorité politique de la faire respecter. Le Droit de propriété est proche de l'instinct naturel de l'Homme. L'instinct de propriété est génétique. Cet instinct inclut même son propre corps.

Le Droit de propriété est une construction humaine, abstraite, permettant la paix sociale et une meilleure production des richesses. Il ne faut confondre l'instinct de propriété et le Droit de propriété.

Il est légitime, amha, de parler du droit de propriété sur son propre corps. Ce Droit sur son corps induit d'immenses conséquences sociales. Je possède donc ce que mon corps a produit.

2. L'air n'appartient à personne. Sauf l'air immédiat que chacun s'approprie en l'inspirant. Le jeu automatique du droit de propriété ne permet pas alors de dire le Droit pour une pollution de l'air. C'est un échec du marché.

Mais aucune collectivité ne possède l'air. Prétendre que l'air serait un "bien collectif" est un abus de langage, voire une tromperie. L’État échoue tout autant que le marché dans une protection de la qualité de l'air.

3. La séparation entre "recherche théorique" et "recherche appliquée" est un concept économique contestable. L’État instaure un monopole afin de rendre inimaginable un fonctionnement sans ce monopole étatique. Croire que la recherche n'existerait pas sans État est sans fondement logique sérieux, et contraire à l'observation depuis des millénaires. De nombreux exemples montrent l'existence d'une recherche fondamentale sans monopole étatique de la recherche.

Les avancées de l'électronique et de l'informatique sont dues aux progrès technique et markéting de chaque ingénieur dans chaque entreprise. La contribution de la recherche étatique est infime dans cette évolution.

4. L'instruction est un service qui a un cout et une utilité. Les parents sont capable d’acheter ce service. Aucun monopole d’État n'est nécessaire. Pire, l’État est nuisible dans l’Éducation. Il est scandaleux de prendre dans la poche des parents pour enseigner les enfants. Il est encore plus scandaleux d'enseigner aux enfants ce qui est réprouvé par leurs parents.

Q a dit…

"Plus l'écart est grand entre la Nature de l'Homme est le Droit, plus ce Droit sera difficile à faire respecter, plus il en coutera à l'autorité politique de la faire respecter. "

-> voilà pourquoi la propriété devrait être réformée pour correspondre à la façon dont Laborit la définie.

"L’État échoue tout autant que le marché dans une protection de la qualité de l'air."

-> Interdire la pollution par accord collectif permet très simplement de la diminuer... Une organisation collective réussit là ou le marché échoue.

"Croire que la recherche n'existerait pas sans État est sans fondement logique sérieux, "

-> Je n'ai pas affirmé ça, j'ai dit qu'elle n'existerait pas dans une anarchie libérale, parce que cette activité n'est pas rentable...

"La contribution de la recherche étatique est infime dans cette évolution."

L'électronique et l'informatique ne peuvent être conçus sans la théorie quantique. Point. De même la voiture ne peut être conçue sans connaissances en thermodynamique.

"L'instruction est un service qui a un cout et une utilité. Les parents sont capable d’acheter ce service."

Une éducation public a un avantage global (les gens sont plus "civilisés", etc.), tout comme un air pur. Toujours la théorie des jeux.

gidmoz a dit…

1. Quelle réforme juridique imagineriez-vous pour le Droit de propriété?

2. Un "accord collectif" ne peut pas exister. L'unanimité n'existe pas, sauf rares exceptions. Le actes d'une société commerciale sont toujours une décision unanime de tous actionnaires, sans exception. Un vote majoritaire ne signifie pas "accord collectif", sauf société commerciale.

3. Avant l'age de pierre, les agriculteurs sélectionnaient animaux domestiques et plantes agricoles en sélectionnant. C'est une recherche dont tous profitent. Les inventions humaines ont existé sans aucun État qui les finance.

4. La loi interdit quasiment à une société commerciale de faire du mécénat. Sinon, de nombreuses sociétés commerciales feraient de la recherche et embaucheraient des chercheurs. La rentabilité immédiate n'est pas le seul motif d'action d'une entreprise privée.

5. Denis Papin et Cugnot inventèrent leurs machines à vapeur bien avant que les premiers et second principes de la thermodynamique ne soient découverts. L'ingénieur anglais James Watt mis au point ses machines industrielles sans connaître la thermodynamique. Et il a fait fortune. J'ignore si cet ingénieur avait eu cette géniale intuition que seules comptaient, pour le rendement d'une machine thermique, l'écart entre la température de la source de chaleur et la température de la source froide.

Carnot se voulait "fabricant de machines thermiques". Il avait conçu une belle théorie. Mais elle est restée inconnue.

L’État n'est pas intervenu dans la découverte de la thermodynamique.

Q a dit…

1. C'est l'objet de l'article. Voir aussi http://ungraindesable.blogspot.com/2010/05/le-probleme-du-capitalisme.html

2. Je reformule. -> Interdire la pollution permet très simplement de la diminuer... Une organisation collective réussit là ou le marché échoue.

3. La sélection des animaux domestiques n'est pas une recherche (systématique) à proprement parler. C'est plutôt la conséquence naturelle d'une pratique commune. Mais même si j'accordais ce point, ce serait une recherche appliquée, non pas fondamentale. Et même si j'accordais ce point, l'agriculteur de la préhistoire vit dans une société organisée collectivement, pas dans une anarchie libérale.

Donc loin s'en faut !

4. Quel vœu pieux (vit-on dans le même monde ? Celui dans lequel TF1 est censé remplir une exigence de service public ?)

"La rentabilité immédiate n'est pas le seul motif d'action d'une entreprise privée."

En environnement concurrentiel, si.


5. Le développement des machines nécessite de toute façon des connaissances en sciences fondamentales. La thermodynamique en tant que science a été développée en science fondamentale, pas pour des intérêts privés.