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Le constructivisme comme scientisme

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Le constructivisme social est l'objet de débats parfois houleux. On associe souvent ce type de thèse au "post-modernisme", à la négation de l'objectivité de la science, à de l'anti-rationalisme. Le constructivisme affirme de certaines catégories de phénomènes qu'ils sont "socialement construits", et s'oppose en cela au naturalisme, suivant lequel il s'agit de catégories naturelles. Mais cette idée peut se comprendre de différentes manières. Ici je souhaiterai défendre (développant une vieille idée ) que c'est une version forte de constructivisme qui nourrit réellement les débats militants, les autres versions ayant des implications beaucoup moins radicales, et que cette version forte, quand elle est généralisée, s'apparente à un scientisme sociologique.

Quelle place pour les valeurs en science ?

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On fait parfois la différence entre valeurs épistémiques (ce qui fait qu'une théorie est bonne ou mauvaise selon des critères rationnels ou scientifiques) et valeurs contextuelles (ce qui fait qu'une chose est bonne ou mauvaise vis-à-vis de la morale, d'un contexte social ou d'intérêts particuliers). Il peut y avoir cette idée, parfois critiquée en philosophie, que la science "pure" est "neutre", ou devrait l'être, qu'elle ne devrait être mue que par des valeurs épistémiques. Son but serait de produire de bonnes théories, de bonnes connaissances, indépendamment de considérations morales, sociales ou subjectives. L'intervention de valeurs contextuelles serait un obstacle à la recherche d'objectivité, valeur cardinale en science. Ces questions sont liées à celles concernant la responsabilité des scientifiques. Peut-on par exemple défendre l'idée que la science, seulement mue par une recherche du vrai, n'a aucune respons...

Lois naturelles contre régularité accidentelle : une différence de priors bayésiens ?

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Imaginez que vous souhaitiez observer un certains nombres de corbeaux, disons dix, pour vérifier que votre hypothèse "tous les corbeaux sont noirs" est correcte. Si vous n'en voyez que des noirs, cela vous confortera, et vous vous attendrez à ce qu'un onzième soit noir également, sans surprise. Vous avez effectué un raisonnement amplifiatif : l'observation d'un échantillon vous amène à modifier vos croyances à propos d'autres objets, en dehors de votre échantillon. Si maintenant vous jouez à pile ou face avec une pièce non truquée et observez dix fois "pile", vous penserez faire face à un énorme coup de hasard, mais vous ne devriez pas inférer que le onzième lancé sera "pile" : il y a toujours une chance sur deux qu'il tombe sur face, indépendamment des résultats précédents. C'est une chose qu'on enseigne dans tous les cours sur les probabilités. Ainsi le raisonnement à adopter est différent dans les deux cas.

Pourquoi je ne suis pas bayésien

Je ne suis pas Bayésien. En tout cas pas au sens où la formule de Bayes serait applicable et devrait être appliquée de manière universelle pour évaluer ses croyances. Je pense que la formule de Bayes a un domaine d'application très limité. Mes raisons sont assez simple. La formule de Bayes est la suivante : p(H/D)=p(D/H)•p(H)/p(D). Il est éclairant d'analyser p(D) comme la somme des p(D/Hi)•p(Hi), ou les Hi sont toutes les hypothèses possibles, et s'excluent mutuellement. De cette manière on se retrouve avec les éléments suivants dans la formule de Bayes : p(H/D) ce qu'on cherche à calculer, à savoir le degré de confirmation d'une hypothèse H étant donné une donnée D des données pour faire ce calcul, à savoir p(Hi) des probabilités a priori pour toutes les hypothèses possibles p(D/Hi) les prédictions de D par toutes les hypothèses Hi possibles. Il s'ensuit que le domaine d'application de la formule de Bayes est l'ensemble des contex...

Pistolets sur la tempe et degrés de crédence

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Lê et Monsieur Phi publient des vidéos youtube super intéressantes sur plein de sujets (l’intelligence artificielle, la morale, le réalisme sémantique) ainsi que de longues discussions (sur la chaîne Axiome ). Autant je trouve leur vidéos passionnantes, autant je suis parfois en desaccord avec eux non forcément sur ce qu’ils disent, mais sur le cadre de discussion même qu’ils adoptent, et je voudrais essayer de mettre le doigt sur ce desaccord philosophiques, en espérant initier une discussion (mais comme je suis “old school”, ce sera par blog plutôt qu’en vidéo). Ce n’est pas toujours facile d’exprimer exactement ce qui me gène, mais un bon point de départ est l’idée que l’on peut attribuer des degrés de crédence à n’importe quelle croyance (la consistance de l’arithmétique de Peano, le réalisme moral, …) (ceci dit Lê ne semble pas y adhérer totalement, puisqu’il affirme dans le dernier axiome (au cours du débat sur le réalisme moral) que ça ne peut être applicable qu’aux croyanc...

Faut-il être libre pour connaître les lois de la nature ?

Je souhaite aujourd’hui croiser deux vieux débats : celui sur le libre arbitre, et sa compatibilité avec le déterminisme, et celui sur la connaissance modale. Le premier est peut-être plus familier à un certain nombre de lecteurs. Il s’agit de savoir si la notion de liberté humaine, si centrale dans nos vies (impliquée par exemple dans la notion de responsabilité morale, donc indispensable à toute conception éthique), est compatible avec l’idée que nous sommes déterminés par des lois. A-t-on besoin de penser qu’on « aurait pu faire autrement », en un sens littéral, pour penser la liberté ? Ou, comme le veulent les compatibilistes, est-il suffisant que nous soyons la source causale de nos actions (quand bien même les rapports causaux seraient déterminés) ? Le second débat concerne l’existence d’une nécessité dans la nature, justement impliquée dans la notion de « détermination par des lois » : certaines choses seraient possibles ou impossibles, parce que permises ou interdites par les...

Extrême droite et islamisme, même combat

Nous vivons une époque tendue, traversée de contradictions à résoudre. Traversée de folie, avec des mouvements qu'apparemment tout oppose : le terrorisme islamiste et l'extrême droite européenne, qu'on verrait hâtivement comme les pires ennemis l'un de l'autre. Et cet état de fait est source de dilemmes moraux pour les pacifistes de tous bords. A ma droite, certain-e-s s'interrogent sur la bonne façon de dénoncer l'islamisme radical sans se voir accusé-e-s d'entretenir des idées xénophobes, c'est-à-dire de faire acte de complaisance envers l'extrême droite européenne. A ma gauche, d'autres se demandent comment assoir la lutte anti-raciste, l'oppression diffuse envers les musulmans d'occident, sans prétendre soutenir le terrorisme. Comme si deux démons voulaient nous imposer un choix impossible : soit être avec l'un, soit avec l'autre. Et la seule réponse acceptable, de tous bords, semble être la nuance : pas d'amalgames ! ...