vendredi 25 septembre 2009

A lire - Pourquoi le darwinisme social ne marche pas ?

Pourquoi le darwinisme social ne marche pas ?

La sélection adaptative ne s'applique pas uniquement à l'individu mais aux groupes (et on pourrait généraliser à tous les niveaux il me semble). C'est pourquoi une tentative d'application et une vision réductrice du darwinisme peut être très néfaste... Le libéralisme économique pourrait en être une bonne illustration.

mercredi 23 septembre 2009

Vélos à la carte et spéculation



Les utilisateurs d'un système de vélo à la carte ont tous remarqué que ce sont toujours les mêmes stations qui sont vides (généralement en haut des reliefs), et les mêmes qui sont remplies - celles-ci étant susceptibles de varier suivant les horaires.

Je me faisais la réflexion d'un système de "bonus malus" qui permettrait de palier à ça. Le système serait le suivant :
  • Quand j'emprunte un vélo, je perd un nombre de points égal au nombre de places libres que je laisse vacantes. Dans le meilleur des cas, je perd 1 point seulement si la station était pleine. Je perd un maximum de point si je laisse la station sans vélo.
  • Quand je rend un vélo, je gagne un nombre de point égal au nombre de places libres dans la station avant restitution.

On remarque que prendre un vélo et le restituer immédiatement n'apporte ni gain ni perte. Par contre prendre un vélo dans une station pleine et le remettre dans une station vide apporte un maximum de points.

Ces points pourraient par exemple être convertibles en demi-heures d'utilisation supplémentaires. Ce système permettrait de réguler le remplissage des stations, et nous pouvons même imaginer que certaines personnes déplacent eux même des vélos de stations pleines aux stations vides pour gagner des points : une magnifique illustration des bienfaits de la régulation des marchés par la spéculation.

Les bienfaits de la spéculation ? Vraiment ? Pas tout à fait... Immédiatement après avoir compris ce système, on se prend à imaginer comment des petits malins pourraient le détourner à leur profit pour gagner des points. Et ce n'est pas très compliqué.

Première exemple : je me place à une station bien remplie dans un quartier résidentiel (zone de départ) juste avant une heure de pointe. Je prend un vélo : je perd 1 point. Le rush arrive : tout le monde prend un vélo pour aller travailler. La dessus je rend mon vélo. La station est presque vide, je gagne plein de points... Il est possible d'augmenter les gains en ne prenant pas un vélo, mais plusieurs.

Deuxième exemple : je me place à une station presque vide dans un quartier d'affaire (zone d'arrivée) juste avant l'heure de pointe, avec un vélo emprunté à un autre endroit, une station "neutre". Je rend le vélo sur cette station : je gagne plein de points. Arrive le rush : tout le monde rend son vélo. Je reprend le mien ensuite et je perd très peu de points en le reprenant.

Troisième exemple : je combine les deux exemples précédant. J'emprunte des vélos dans une station pleine pour les mettre dans une station vide, juste avant une période de pointe. Après le rush, je fais l'inverse.

Bien entendu, en faisant ceci, j'emmerde tout le monde, puisque je vide les stations quand les gens ont besoin de vélos et je les remplie quand les gens ont au contraire besoin de restituer leur vélo.

En fait nous nous retrouvons devant un système qui est assez similaire à la bourse. Les stations de vélo jouent le rôle des valeurs boursières. Les déplacements des utilisateurs jouent le rôle de "l'économie réelle" et sont à l'origine de fluctuations dans les valeurs boursières. les heures de pointes correspondent à des hausses des cours sur les stations de départ et à des baisses sur les stations d'arrivée. La dessus viennent se greffer les spéculateurs qui effectuent des paris sur la montée ou la descente de la valeur de l'action, c'est à dire du nombre de vélo sur la station. Ils peuvent faire des paris à la hausse ou des paris à la baisse.

Avec ces exemples on voit immédiatement comment la spéculation peut avoir un réel pouvoir de nuisance. Si nous nous plaçons dans un contexte statique, le spéculateur permet à priori de réguler le traffic en stabilisant le nombre de vélos par station. Il joue un rôle positif. Mais dans un contexte dynamique, s'il est capable d'anticiper une forte demande ou une forte offre, le spéculateur va jouer un rôle de parasite. Il va diminuer artificiellement l'offre quand la demande sera forte pour optimiser ses gains et à l'inverse diminuera artificiellement la demande quand l'offre sera plus importante pour faire baisser les prix. Au lieu de stabiliser les cours, il va au contraire amplifier leur évolution.

On peut imaginer qu'à l'extrême le nombre de spéculateurs devienne plus important que le nombre de réels usagers, et qu'un nombre plus important d'emprunt de vélo le soit pour des raisons spéculatives que par un réel besoin de transport. Alors les spéculateurs passeront plus de temps à anticiper leurs propres réactions entre eux qu'à s'intéresser aux usagers. Le nombre de vélo variera complètement aléatoirement d'une station à l'autre suivant leur fantaisie et sera déconnecté du besoin réel des usagers qui eux en manqueront tout le temps. En effet, si les speculateurs travaillent bien, ils gagnent des points convertibles en temps et peuvent garder les vélos plus de temps pour effectuer leurs opérations boursières... Au détriment des usagers.

Bien sûr rien ne prouve que l'on puisse transposer ainsi la logique de ce système à la bourse. Il existe certaines différences. Par exemple : le taux de remplissage d'une station de vélo n'est pas illimité, ce qui, dans le cas du vélo à la carte, nous met à l'abri des bulles financières...

A lire

La guerre du partage doit cesser

mercredi 16 septembre 2009

Version officielle contre version évidente, ou la mauvaise foi du conspirationniste

Hier soir dans l'émission "ce soir ou jamais" est venue la question (judicieusement posée par l'émission, nous y reviendrons) du 11 septembre : faut-il questionner la vérité sur le 11 septembre ?

Nous avons alors pu voir Mathieu Kassovitz, premier intervenant sur la question, tout souriant, presque rigolant, répondre à cette question. Pourquoi rigolant ? Parce qu'il s'apprêtait à prononcer un énorme mensonge, et c'est ça qui le faisait rire : il s'apprêtait à dire "Moi, je ne suis pas adepte de la théorie du complot, je ne fais que demander à ce que la vérité soit faites".

On pouvait y croire au début, ça partait bien : "Bien sûr qu'il faut se poser des questions, il y a des zones d'ombres dans la version fournie par le gouvernement américain"... J'étais prêt à applaudir. Questionnons le mensonge d'état, ne soyons pas dupes de ces dirigeants qui nous mentent. Et puis il y a eut cette phrase : "il y a des zones d'ombres, par exemple sur le plan chimique ou physique"... Et la j'ai compris que Mathieu Kassovitz s'était égaré sur la toile et qu'il avait gobé un mauvais poisson.

Mais qu'est-ce qu'il raconte ??? Sur le plan physique ou chimique ??? Quel importance peut bien avoir la physique et la chimie par rapport à des supposés mensonges d'états, à des problématiques de politique internationale ? Qu'il nous parle de documents secrets, de la CIA, d'accords entre des grosses sociétés, de déplacement de fonds, mais pourquoi nous parler de physique et de chimie ? Et pourtant c'est très clair. Le discours est limpide. Il suffit simplement de comprendre ceci : ce n'est pas la version officielle du gouvernement américain (la "V.O." ) que Mathieu Kassovitz remet réellement en question. Non, en réalité, c'est la "V.E." qu'il questionne : la version évidente. La confusion entre les deux est délibérément entretenue et derrière ceci se cache le gros mensonge des conspirationnistes, dont le discours n'est pas ce qu'il prétend être.

Ce jour là nous avons tous vu la même chose : des avions de ligne ont percuté les tours, et les tours se sont effondrées. Nous avons tous compris la même chose : les avions ont été détournés par des terroristes. Nous avons tous vu dans l'effondrement des tours la conséquence de l'impact spectaculaire des avions : les tours n'ont pas tenue le choc, s'est-on dit naturellement. Ca ce n'est pas la version officielle. Personne n'a attendu le rapport du gouvernement américain pour comprendre ceci. Personne n'a attendu que les médias lui disent quoi penser, que les experts parlent, et les journalistes qui ont rendu compte de l'événement à chaud non plus n'ont pas attendu la version des autorités pour décrire ce qu'il s'était produit : les images ont suffit. Non, tout ceci n'est pas la version officielle. C'est la version évidente. La version officielle, ce n'est qu'un rapport obscure émis par le gouvernement américain dont à peu près chacun sait qu'il est bourré de mensonge et qu'il a servit à justifier une politique belliqueuse, c'est un secret de polichinelle... Mais ce n'est pas ce rapport que les conspirationnistes attaquent réellement : c'est la version évidente.

Ainsi toute la rhétorique conspirationniste est basée sur un seul et unique glissement sémantique : l'utilisation du terme "version officielle" pour désigner la "version évidente". Or ce n'est pas anodin, parce que questionner la version officielle est forcément une noble cause. C'est affirmer qu'on n'est pas prêt à croire n'importe quoi. C'est la parole de l'état contre la notre. C'est faire son devoir de citoyen, utiliser son esprit critique, demander des preuves. Il ne fait aucun doute qu'il faut questionner la version officielle, c'est une évidence. Mais critiquer la version évidente, à moins de lui opposer une autre évidence, n'ayons pas peur des mots, c'est simplement être paranoïaque. Voilà pourquoi la question posée dans l'émission est judicieuse : il n'est pas évident que tout questionnement soit sain. Questionner ce qu'on nous assène sans preuve est sain, mais quand on questionne incessamment la réalité telle que tout le monde l'a vue, ça devient obsessionnel, maladif. En fin de compte ce glissement sémantique opéré sans doute inconsciemment par les adeptes de la théorie du complot ne sert qu'à justifier cette paranoïa en lui donnant toutes les apparences d'un questionnement citoyen, sincère et honnête. Il ne sert qu'à alimenter la mauvaise foi, à camoufler le délire et à se voiler la face...

Un autre intervenant, Marin Karmitz, a fait le parallèle avec le négationnisme. La comparaison est un peu malheureuse sur le plan émotionnel, car elle laisse croire que c'est la morale qui est en jeu dans l'histoire (quoi de plus choquant moralement que de nier l'holocauste ?), et les conspirationnistes pourront se défendre en criant à l'inquisition. Or il n'en est rien, et si un exemple moins chargé aurait mieux fait l'affaire, sur le plan rationnel la comparaison est tout a fait justifiée : dans les deux cas c'est la vérité et non la morale qui est en jeu. La réalité est déformée à l'aide d'arguments rationnels mais pour justifier in fine une idéologie et une vision du monde simpliste et fantasmée qui prends le dessus sur la juste évaluation de la plausibilité de ces arguments et de ce qu'ils impliquent mis ensembles, de la thèse dans son ensemble. Le parallèle fait par un Ismail Kadare avec l'époque communiste en Albanie qu'il a vécu est bien plus amusant : "je suis insensible, j'ai tellement entendu ce genre de choses ressassées tous les jours à l'époque".

Mathieu Kassovitz ne peut s'empêcher de sourire quand il dit "je ne suis pas conspirationniste, je ne demande que la vérité". Une autre intervenante, Hélène Cixous, lui a bien fait remarqué "bien sûr que vous y adhérez, vous ne faites que resservir les arguments des conspirationnistes". Et surtout il le fait sans nuance ni le moindre doute. Voilà ce qu'il lui manque : le doute, mais pas toujours dans le même sens, dans les deux sens, et même dans tous les sens possibles... Si demain il veut pouvoir affirmer avec aplomb, sans le moindre sourire réprimé "je ne suis pas conspirationniste je cherche seulement à connaitre la vérité", je lui conseille de se mettre ne serait-ce qu'une journée dans la peau d'un débunker, et qu'il le fasse sincèrement, honnêtement, sans sortir de ce rôle pendant une journée. Qu'il cherche à remettre en question un à un tous les arguments conspirationnistes, à voir ce qui cloche, qu'il décortique chaque élément en lisant les sites de debunking et en acceptant leur bonne foi. Qu'il adhère réellement, le temps d'une journée, à la "version évidente" et à l'idée que "les conspirationnistes ne font qu'amasser et déformer une information sur-abondante avec un filtre idéologique", et qu'il se demande sincèrement après cette expérience qu'est-ce qui est le plus plausible, qui semble le plus évident, globalement, et qu'est-ce qui est un peu trop gros pour être crédible. Après cette expérience, peut-être qu'il remettra toujours en cause une partie de la "version évidente", mais je suis prêt à parier premièrement qu'il n'aura plus ce sourire de mauvaise foi au lèvre, et deuxièmement qu'il sera beaucoup, beaucoup moins affirmatif dans ses arguments et beaucoup beaucoup plus nuancé sur ces "zones d'ombres". La vraie démarche critique, c'est de nier ce que l'on croit.

Pour en finir avec ces histoires, j'appelle solennellement tous ceux que le discours conspirationniste fatigue à boycotter le terme de "version officielle" (sauf quand il est fait explicitement référence à un élément dont l'unique source est la version officielle) et à préférer, quand c'est possible, le terme de "version évidente". Et j'appelle tous les conspirationnistes, s'ils sont sincères et honnêtes, à cesser de se voiler la face et à affirmer haut et fort que ce qu'ils questionnent, ce n'est pas la version officielle, mais bien la version évidente.