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Définir le pragmatisme (1) -- la pragmatique en philosophie du langage

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Ayant revendiqué le qualificatif "pragmatiste" à maintes reprises, je souhaite, dans une série de deux articles, caractériser ce que j'entends par pragmatisme en philosophie des sciences. Il s'agit d'un terme qui n'est pas toujours défini très précisément, généralement associé à une attitude mettant l'accent sur la pratique (scientifique) plutôt que sur les analyses abstraites, formelles ou métaphysiques, et souvent combinée à une forme de pluralisme. Mon ambition est d'en proposer une compréhension claire (sinon exclusive), à travers ce que j'estime en être les principales caractéristiques : l'emphase sur la performativité, la contextualité et la normativité des représentations. Ce premier article a pour but d'introduire ces trois caractéristiques importantes dans le cadre de la philosophie du langage, puisque ce me semble être le meilleur cadre pour bien les comprendre. Je les transposerai dans un second article à venir à la philosophie...

La (prétendue) continuité entre science et métaphysique

J'ai lu récemment un tweet qui affirmait en gros qu'on fait tous de la métaphysique comme Monsieur Jourdain fait de la prose, que c'est impossible de ne pas en faire, et que y compris nos théories scientifiques incorporent une métaphysique implicite. C'est une affirmation assez classique en philosophie des sciences, ayant à voir notamment avec l'idée, lue également récemment dans un autre tweet, qu'il y aurait une continuité entre science et métaphysique, puisque les deux s'intéressent à dévoiler la nature de la réalité. Après tout, les théories scientifiques incorporent des postulats qui ne sont pas directement vérifiables par l'expérience : des postulats métaphysiques, donc (sic). J'acceptais ces idées sans rechigner il y a quelques années (à l'époque où j'étais encore réaliste structural, en début de thèse) mais depuis, mes positions en philosophie des sciences ont pris un tournant beaucoup plus pragmatiste. Ma position actuelle est qu...

Zététique, militantisme et composante sociale de la connaissance

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(temps de lecture: ~10 minutes) La composante sociale de la connaissance Je sais que Madrid est la capitale de l'Espagne. Enfin je crois. L'ai-je vérifié par moi-même directement ? Je ne saurais même pas par où commencer en fait : c'est quoi exactement le statut d'une capitale ? De ce que je crois savoir, ce n'est pas forcément la ville la plus peuplée d'un pays, mais celle où se situent ses institutions. Peut-être y a-t-il un statut juridique officiel inscrit dans un registre quelque part en Espagne ? Bon, voilà, je ne suis même pas sûr de ce qu'est une capitale d'un pays au sens stricte, ni de comment vérifier si une ville est la capitale d'un pays autrement qu'en faisant confiance à Wikipedia. Et pourtant je sais que Madrid est la capitale de l'Espagne, n'est-ce pas ? Je n'ai jamais rencontré aucune raison de douter que Madrid est la capitale de l'Espagne, rien qui m'ait poussé à aller vérifier si c'est vraimen...

Tous les modèles sont faux ?

On doit l'expression "Tous les modèles sont faux, mais certains sont utiles" au statisticien George Box. Que faire de cette affirmation ?

Paradoxe de Newcomb, rationalité et normes sociales

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Cette note est une réflexion inspirée par l'excellente vidéo de Mr Phi qui présente le paradoxe de Newcomb , la bonne manière de le poser sans se perdre dans de faux débats et les diverses ramifications du problème vis-à-vis de la rationalité. Je lui suis largement redevable des réflexions qui suivent. Je vous laisse visionner la vidéo pour bien les comprendre.

Le constructivisme comme scientisme

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Le constructivisme social est l'objet de débats parfois houleux. On associe souvent ce type de thèse au "post-modernisme", à la négation de l'objectivité de la science, à de l'anti-rationalisme. Le constructivisme affirme de certaines catégories de phénomènes qu'ils sont "socialement construits", et s'oppose en cela au naturalisme, suivant lequel il s'agit de catégories naturelles. Mais cette idée peut se comprendre de différentes manières. Ici je souhaiterai défendre (développant une vieille idée ) que c'est une version forte de constructivisme qui nourrit réellement les débats militants, les autres versions ayant des implications beaucoup moins radicales, et que cette version forte, quand elle est généralisée, s'apparente à un scientisme sociologique.

Quelle place pour les valeurs en science ?

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On fait parfois la différence entre valeurs épistémiques (ce qui fait qu'une théorie est bonne ou mauvaise selon des critères rationnels ou scientifiques) et valeurs contextuelles (ce qui fait qu'une chose est bonne ou mauvaise vis-à-vis de la morale, d'un contexte social ou d'intérêts particuliers). Il peut y avoir cette idée, parfois critiquée en philosophie, que la science "pure" est "neutre", ou devrait l'être, qu'elle ne devrait être mue que par des valeurs épistémiques. Son but serait de produire de bonnes théories, de bonnes connaissances, indépendamment de considérations morales, sociales ou subjectives. L'intervention de valeurs contextuelles serait un obstacle à la recherche d'objectivité, valeur cardinale en science. Ces questions sont liées à celles concernant la responsabilité des scientifiques. Peut-on par exemple défendre l'idée que la science, seulement mue par une recherche du vrai, n'a aucune respons...