samedi 30 août 2014

Relativité de l'identité des objets et fonctionnalisme

Dans le billet précédent j'ai défendu une assimilation du relativisme conceptuel (ou moral ou esthétique) et de la relativité en physique, ce qui permettrait de rendre le premier non-problématique : toute la question serait d'élaborer une géométrie conceptuelle (ou morale) permettant de traduire les différents points de vue les uns dans les autres. L'idée est qu'il doit exister un concept-chapeau relatif (comme la vitesse) généralisant des concepts de type "vitesse-pour-x" au sein d'une géométrie des points de vues possibles. Les interprétations relationnelles de la mécanique quantique laissent penser que ce relativisme peut se généraliser à tout état physique, qui serait en fait un "état-pour-x", à ceci près que le passage d'un point de vue à un autre est au mieux probabiliste. J'ai également défendu l'idée que généralement, en physique comme peut-être dans d'autres domaines, la relativité serait locale tandis qu'une objectivité associée à un point de vue privilégié (par exemple le centre de gravité en mécanique) et à des propriétés robustes émergerait à l'échelle globale.

Certains lecteurs ont pu penser que cette assimilation du relativisme en physique au relativisme conceptuel était insuffisamment fondée, que c'était peut-être plus une idée en l'air qui mériterait d'être mise en œuvre concrètement pour voir ce qu'elle vaut. Ce n'est pas faux, aussi je souhaite maintenant élaborer cette idée en jetant des pistes pour généraliser le relativisme de la physique à d'autres domaines de la connaissance, sans avoir la prétention de fournir une solution clé en main mais en espérant rendre un peu plus claire la façon dont une telle tâche pourrait se présenter. Il me semble qu'un tel relativisme généralisé pourrait alors éclairer la question de la réduction inter-théorique (comme la réduction de la biologie à la physique).

jeudi 28 août 2014

Relativisme conceptuel et relativité en physique : même combat ?

On peut parler de relativisme à propos d'un domaine de discours quand on pense que les énoncés de ce domaine sont toujours relatifs à un paramètre (un point de vue épistémique, un référentiel, ...). Par exemple :
  • la télécommande est à droite de la télévision--relativement à mon point de vue
  • la voiture de devant s'éloigne à une vitesse de 20 km/h--relativement à la mienne
  • ces deux événements sont simultanés--relativement à mon référentiel
  • cette particule a une masse M--relativement au référentiel terrestre
Mais aussi, pourquoi pas,
  • il est mal de voler--relativement à mon système de valeur moral
  • ce tableau est laid--relativement à mes critères esthétiques
  • les concombres ne sont pas bon--relativement à mes goûts
  • le gouvernement fait une politique excellente--relativement à mon point de vue politique
Voire enfin :
  • la terre tourne autour du soleil--relativement à un point de vue copernicien
  • les électrons existent--relativement au point de vue de la science moderne
  • les espèces animales évoluent--relativement à la théorie de l'évolution
  • on se réincarne après la mort--relativement au bouddhisme
La question ici n'est pas de savoir si on a raison ou non de relativiser ces différentes affirmations. C'est au moins attesté dans le cas du premier groupe de propositions (par le sens commun, la physique de Galilée et de Newton, la relativité restreinte et la relativité générale respectivement). Il s'agit de cas de relativisation à un référentiel spatio-temporel.

Les suivantes sont sujette à débat : elles concernent le relativisme moral et esthétique, c'est à dire la relativisation à un système d'évaluation, à des critères.

Quand aux dernières qui peuvent rappeler les thèses relativistes inspirées par les travaux de Kuhn, elles sont franchement plus douteuses. Il s'agit d'une relativisation à un cadre théorique ou conceptuel.

La question qu'on peut se poser est : est-il possible d'assimiler ces différents types de relativisation, ou s'agit-il de formes différentes ?