lundi 20 mai 2013

Obsolescence programmée et asymétrie de l'information

Le débat sur l'obsolescence programmée part sur de mauvaises bases. On ne sait pas de quoi on parle. Qu'est-ce à dire qu'un constructeur diminue délibérément la durée de vie d'un produit pour augmenter son chiffre d'affaire ? On pense évidemment à des cas caricaturaux : l'ajout d'une puce électronique qui signerait artificiellement l'arrêt de mort d'un produit pour nous forcer à en racheter un neuf. Mais bien sûr il est plus intéressant pour le constructeur d'acheter des composants de moins bonne qualité, moins chers, pour diminuer d'autant la durée de vie de son produit en réduisant ses coûts sans recourir à un tel artifice. Alors s'agit-il toujours d'obsolescence programmée ? Si l'on pense que non, alors effectivement, l'obsolescence programmée est un mythe, sauf cas rares. Pourtant au final le résultat est le même...

Il y a un aspect fallacieux dans les arguments qui prétendent que l'obsolescence programmée n'existerait pas, la durée de vie étant l'un des aspects d'un produit à optimiser en fonction du marché parmi d'autres (dont le prix ou l'apparence). Qu'une durée de vie courte soit induite par des mécanismes de marché n'enlève rien au fait que cette durée de vie soit programmée par les constructeurs, justement en vue de s'adapter au marché. Alors à partir de quand peut-on parler d'obsolescence programmée plutôt que d'optimisation de différents critères ?

jeudi 16 mai 2013

Contre la survenance

On dit d'un état réalisé qu'il survient sur un état de base quand il en dépend entièrement, c'est à dire qu'il ne peut y avoir de différence dans l'état réalisé qui n'ait pour origine une différence de l'état de base. On pourra dire, par exemple, que la température d'un liquide survient sur l'état moléculaire de ce liquide, dans la mesure où toute différence de température a pour origine une différence d'état moléculaire (bien que l'inverse ne soit pas vrai : une différence moléculaire peut être indifférente vis à vis de la température).

Il est coutume en philosophie de l'esprit, et notamment pour les physicalistes, de parler de survenance à propos des états mentaux : ces derniers surviendrait sur les états physiques de nos cerveaux. Je pense que c'est une erreur. Il me semble en effet qu'on fait face à un problème. Kim montre qu'un état survenant ne peut être doté d'une causalité propre qui ne se réduise à un pouvoir causal de ses constituants de base. Mais au nom de quoi devrait-on créditer d'une existence propre, c'est à dire autre que nominale, un état qui par ailleurs n'entretient aucune relation causale distinctive avec nous et qu'on peut donc fort bien, dans nos représentations du monde, remplacer avantageusement par un état de base plus complet ?