dimanche 7 avril 2013

Entre réalisme et constructivisme

On peut parler de réalisme scientifique (au sens sémantique) si l'on pense que nos concepts scientifiques dépendent essentiellement de la réalité qu'ils visent. Ainsi je suis réaliste à propos des électrons si je pense que le concept d'électron dépend essentiellement d'éléments de la réalité, ceux dont je parle quand je parle d'électrons (bien sûr il conviendrait de clarifier cette idée de référence sémantique, mais je ne m'étendrait pas la dessus).

La position réaliste n'implique pas que les aspects externes aux objets étudiés, par exemple des aspects sociaux ou psychologiques, ne jouent aucun rôle en science. On peut penser, par exemple, que certaines contraintes sociales opèrent une sélection sur les concepts et domaines qu'on juge intéressants ou non d'étudier. Cependant pour le réaliste, ces aspects n'impactent pas de manière essentielle la représentation que nous nous faisons des électrons, ou de tout autre objet théorique, mais seulement des aspects externes à cette représentation, comme le fait que nous nous y intéressions ou non.

En ce sens, le réalisme s'oppose à l'instrumentalisme, qui prétend que nos concepts scientifiques dépendent essentiellement de l'interaction de l'homme avec le réel plutôt que du réel lui même, ou au constructivisme social, qui prétend qu'ils dépendent essentiellement de facteurs sociaux (ou encore une fois de l'interaction du social avec le réel).

samedi 6 avril 2013

Problème moral et introspection -- suite

Afin de clarifier l'analogie entre le problème moral et le problème de l'introspection que j'évoquais dans l'article précédent, je me suis fendu d'un petit schéma (réalisé avec le logiciel inkscape -- cliquer pour agrandir) :



La flèche intitulée « action » exprime la psychologie humienne : être motivé à agir, c'est avoir un désir et une croyance pratique associée à la réalisation de ce désir. Le problème moral tel qu'exprimé par Smith provient du fait qu'une croyance morale semble a elle seule induire une motivation. La solution de Smith est illustrée par la flèche intitulée « ajustement moral » : une croyance morale induit en fait une modification des désirs.

La flèche intitulée « perception » exprime le fait que pour fonder une croyance nouvelle sur la base de données sensibles, il faut non seulement un aspect phénoménal associé à ces données, mais aussi une certaine attitude motivationnelle (ne serait-ce qu'une attention portée à l'objet et certaines attentes). Le problème de l'introspection serait alors plutôt qu'une attitude motivationnelle à elle seule (comme le fait que je regarde une chose) donne lieu à une croyance en l'absence de données des sens. Une solution possible, exprimée par la flèche « introspection », serait que nos attitudes motivationnelles induisent elle-même une modification d'aspects sensibles, qui peut ensuite devenir l'objet de croyances/connaissances.

Je ne suis pas sûr que ce schéma corresponde vraiment à une réalité. Il est peut-être simpliste, on pourrait en discuter longuement, ajouter des flèches, tenter de faire des liens avec les neurosciences, etc. Mais je pense qu'il doit s'en approcher d'une certaine manière. En particulier la distinction entre les éléments propositionnels et phénoménaux me parait importante. Les premiers sont dispositionnels : un désir, comme une croyance, est avant tout une disposition à agir d'une certaine façon. Les seconds sont actuels. Cette distinction est importante, puisqu'il s'agit là de la distinction entre forme et contenu, dont on peut dire que la question de leurs liens traverse toute la philosophie (on la retrouve dans la querelle des universaux en métaphysique, le physicalisme et la question des qualia, le structuralisme en philosophie des sciences, mais aussi sans doute en philosophie politique ou en philosophie morale avec les questions touchant à la normativité et aux valeurs). C'est aussi l'objet du livre de Schlick « forme et contenu », sur lequel je pense prochainement proposer une note de lecture.

mercredi 3 avril 2013

Analogie entre le problème morale et le problème de l'introspection

Dans « The moral problem », Smith présente ce qu'il considère être le problème central en méta-éthique, à savoir le rapport entre la praticité et l'objectivité des faits moraux : si on pense que les faits moraux sont objectifs, pourquoi « doit »-on les respecter ? Il pose le problème sous forme d'un trillemme :
  • (1) les jugements moraux sont des croyances à propos de faits objectifs (objectivité)
  • (2) un jugement moral implique à lui seul une certaine motivation à agir (praticité)
  • (3) la motivation à agir suppose un désir (en plus d'une croyance pratique qu'agir de telle sorte permettra de combler ce désir) (psychologie humienne)

Ces trois affirmations semblent incohérentes, puisqu'un jugement moral seul peut nous motiver à agir sans pour autant constituer un désir, contrairement à la psychologie humienne. Il me suffit apparemment de croire que donner à la charité est une bonne chose pour être réellement motivé à le faire (en dehors de motivations contraires). Le problème est donc qu'il ne semble pas y avoir de lien clair entre croyance et désir.