dimanche 25 novembre 2012

Bergson et la physique quantique

Il est notoire que Bergson s'est trompé quant à son interprétation de la relativité restreinte (dans « durée et simultanéité »). En effet Bergson n'accepte pas qu'il puisse exister une multiplicité de durées vécues. Pour lui le temps mesuré du physicien est simplement un artefact de calcul, mais il faut réintégrer l'ensemble dans un temps vécu universel qui est le seul véritable temps, et qui est le même pour tous. Enfin, il pense que le vieillissement est qualitatif, est en tant que tel appartient à ce temps vécu. La conclusion du paradoxe des jumeaux serait donc fausse.

Il faut bien voir que la compréhension qu'a Bergson de la relativité n'est pas si naïve, et de fait, il est parfaitement possible de réintroduire un temps absolu en relativité restreinte (simplement en fixant un référentiel privilégié). C'est d'ailleurs exactement ce qui se produit quand on passe à la relativité général : un temps cosmologique unique émerge (celui qui nous permet de parler de l'age de l'univers) et avec lui une simultanéité bien définie. Là où Bergson se trompe, c'est quand il refuse d'admettre qu'il puisse exister localement des différences dans la mesure du temps qui soient plus que des simple artefacts de calcul (ce qu'on vérifie expérimentalement avec des horloges placées en orbite). Sauf à imaginer que le temps vécu ne soit pas solidaire du temps physique, ce que Bergson lui-même n'est pas près à admettre, il faut bien accepter que cette multiplicité du temps s'étend également à la durée, au sens de Bergson.

Personnellement je ne vois pas dans cette multiplicité un problème fondamental pour la philosophie du temps de Bergson, bien au contraire, puisque le vécu est privé. Il ne faudrait donc pas y voir prétexte pour rejeter cette philosophie dans son ensemble. Je pense qu'elle reste valide et très éclairante dans les débats contemporains, et à vrai dire, Bergson aurait peut-être été plus chanceux s'il s'était plutôt attaqué à la physique quantique...

jeudi 22 novembre 2012

Réalisme et signification

Peut-être le dernier article a pu laisser planer un doute quant au réalisme de la position que j'y défend. Y a-t-il un sens à dire que, par exemple, le concept d'or est socialement construit ? Est-ce à dire, par exemple, qu'il aurait pu ne pas correspondre au numéro atomique 79, mais soit qu'il aurait pu avoir un numéro atomique différent (comme si le monde se modifiait quand on faisait des découvertes), soit qu'il aurait pu être décrit pas une théorie alternative complètement différente, incommensurable à celle que nous connaissons ? Les atomes d'or avaient-ils déjà 79 électrons du temps d'Archimède (existaient-ils seulement) ? Ou bien encore, est-ce qu'une espèce intelligente différente de la notre aurait une représentation différente de la notre des composés chimiques, comme l'or ?

mercredi 21 novembre 2012

Putnam et l'externalisme de la signification

Dans son célèbre article « the meaning of meaning », Putnam présente sa théorie de la signification. Comme il l'explique, on comprend généralement, à propos d'un terme, son intension (c'est à dire ce que recouvre le concept pour une personne donnée, sa signification) et son extension (ce à quoi il s'applique dans le monde). L'internalisme classique veut que de connaître la signification d'un terme corresponde strictement à des états mentaux internes, d'une part, et que cette signification détermine entièrement son extension d'autre part. Pour autant que je sache ce qu'est de l'eau, il suffit de savoir ce que j'ai dans la tête quand je dis « de l'eau » pour savoir exactement ce que ce terme signifie, et ce qu'il recouvre dans le monde,.

Voilà qui paraît censé, mais Putnam pense que ce n'est pas le cas. D'une part, affirme-t-il, la restriction des états mentaux à quelque chose d'interne aux personnes n'est pas lié à un usage courant des termes (par exemple quand on dit que X et jaloux de Y, on comprend que Y existe et que l'état mental de X en dépend). C'est en fait simplement un principe méthodologique qui a pour but, entre autre, de servir le projet d'expliquer causalement l'esprit par des lois psychologiques internes. Mais étant donné l'échec de ce programme, il n'y a pas lieu d'y adhérer a priori.

Ensuite et surtout, il n'est pas vrai que nos états psychologiques internes déterminent de manière unique l'extension des termes que nous utilisons. Putnam expose son célèbre argument de la terre jumelle : si une planète est identique à la notre en tout point, à ceci près que l'eau n'a pas la même formule chimique, les habitants (ne connaissant pas la chimie – nous sommes en 1750) auront exactement les mêmes états mentaux correspondant au concept d'eau, bien que l'extension des termes sera différente, puisque notre concept recouvre la vraie eau, le leur une eau ayant une constitution chimique différente, bien qu'imperceptible.

dimanche 18 novembre 2012

Faut-il vraiment avoir des opinions politiques ? (Réédition)

J'ai argumenté il y a un certain temps que nous ne devrions pas nécessairement avoir d'opinions politiques définitives, parce qu'elles ne sont pas vérifiables, faute d'une information suffisante. Je pense aujourd'hui que le problème est bien plus profond : même correctement informé, il peut être impossible de se faire une opinion définitive, pour la raison simple que celles-ci tendent à être performatives et qu'il ne peut y avoir, en conséquence, de faits bruts. Ceci tient à l'absence d'une réelle dichotomie entre faits et valeurs. Ainsi plutôt que de s'abstenir d'avoir des opinions, ce que je maintenais à l'époque (et encore aujourd'hui en une certaine mesure) devrions nous assumer pleinement le caractère valuatif de celles-ci.

L'impossible réduction de nos états mentaux

Pour la plupart d'entre nous, la "réalité" est constituée de personnes, d'objets manufacturés, de bâtiments, d'êtres vivants, de paysages, de pensées, d'émotions, de dialogues, d'activités, d'institutions, de règles, de symboles et d'objets symboliques (comme l'argent), de pays, de cultures, etc.

Y a-t-il un sens à dire que cette réalité est une illusion ? Je ne le pense pas.

Pourtant certains affirment que la réalité est en fait constituée de "particules (ou champs) matériels dans l'espace temps, point". Et par "point", ils entendent nous dire qu'il n'y a rien de plus, c'est à dire que toutes ces choses qu'on croit naïvement être les constituants du monde, en fait, n'existe pas vraiment, que ce sont des formes d'illusions.

Bien sûr ces personnes n'habitent pas un autre monde que le nôtre, et je doute que leur quotidien soit affecté d'une manière ou d'une autre par ces affirmations. Elles "savent" donc, comme nous, que ces choses (les personnes, objets, ...) existent -- en un certain sens. Mais, affirment-elles, ce ne sont pas des éléments fondamentaux du monde, parce qu'ils se réduisent causalement, fonctionnellement, explicativement, ontologiquement ou tout ce qu'on voudra, à d'autres choses plus petites. Si donc ces choses existent vraiment, c'est dans nos têtes.

Sur ce dernier point je pense qu'ils ont raison : ces choses là n'existent que dans nos têtes. Mais pour pouvoir affirmer qu'elles se réduisent effectivement à d'autres plus petites, encore faut-il montrer que ce qu'il y a "dans nos têtes", c'est à dire nos états mentaux, s'y réduisent, et donc qu'ils soient "fonctionnalisables". depuis l'extérieur. Or il n'y a là rien d'évident, et ce pour une raison simple : nos états mentaux sont privés, c'est à dire inaccessibles empiriquement.

jeudi 8 novembre 2012

Why Quantum Mechanics Matters

J'ai été un peu occupé ces derniers temps, entre autre à la finalisation de cet article (en anglais) qui n'est en fait que l'approfondissement de ce billet.

Je compte le soumettre bientôt, les commentaires sont plus que bienvenus.

Un commentaire récent sur ce vieux billet m'invitait à répondre à un appel à contribution du bulletin métapsychique (parapsychologie) sur le thème de l'élusivité. J'ai un point de vue mitigé sur la parapsychologie (que je détaille dans le billet en question) et ce n'est pas non plus mon sujet de prédilection. J'ai quand même proposé un article, dans lequel le sujet imposé me sert plutôt de prétexte à exposer mes thèses en philosophie de l'esprit (bien qu'honnêtement les liens existent). J'y expose également, succinctement, ma vision de la parapsychologie.

L'article a été accepté sous condition de révisions assez importantes (notamment de résumer plus succinctement mes thèses, de dissiper certains malentendus et de creuser les liens avec la parapsychologie) qui m'auraient demandé beaucoup trop de travail. J'ai du refuser faute de temps et d'un intérêt suffisant pour le sujet. Les personnes intéressées peuvent consulter l'article ici. C'est une bonne synthèse, en français, de différents articles de ce blog.